Great Reset – Davocratie https://davocratie.com Cabinets, lobbies, ONG etc. Sun, 28 Jan 2024 17:57:52 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.4 Écocide — Huitième partie : les neuf limites planétaires https://davocratie.com/2023/08/24/ecocide-huitieme-partie-les-neuf-limites-planetaires/ https://davocratie.com/2023/08/24/ecocide-huitieme-partie-les-neuf-limites-planetaires/#respond Thu, 24 Aug 2023 11:07:47 +0000 https://davocratie.com/2023/08/22/ecocide-septieme-partie-entre-tech-et-new-age-2/ L’écocide venant avec son florilège de contraintes difficiles à imaginer, cet article en dix parties vous en apprendra les origines, les acteurs et les véritables objectifs. Huitième partie.

Des concepts à première vue distincts font en réalité système. Telle est la force de la toile d’araignée écologiste, et le vase communicant entre l’écocide et les neuf limites planétaires l’illustrent. Comme l’a rappelé le média « vert » Ideas 4 Development (ID4D), « le concept de ‘limites planétaires’ forme la base de la proposition sur l’écocide mise en avant par les membres de la Convention citoyenne pour le climat ». Dit autrement, les frontières planétaires peuvent s’appréhender – entre autres usages – comme un mètre-étalon des étapes menant à l’écocide. En janvier 2023, le site suédois de l’ONG End Ecocide avait publié un rapport en faveur d’une loi sur l’écocide, dont le titre opère une jonction explicite entre les deux concepts : « Ecocide Law for an Economy within Planetary Boundaries ». Soit à nouveau, dans la lignée de Maurice Strong, une écoconvergence.

Le 31 mai 2023, Stop Ecocide International avait pour sa part organisé un évènement mêlant les deux concepts, « Living within Planetary Boundaries : the Business Case for Ecocide Law ». Tenue au Canada, la rencontre avait été notamment sponsorisée par le Green Party et le Nouveau Parti démocratique (la gauche sociale-démocrate canadienne). Concernant celui-ci, le Canadian Patriot confirme ce que l’on peut d’emblée supposer, à savoir ses liens étroits avec le socialisme fabien :

Au cours de ce siècle, la LSE a conditionné des dizaines de chefs d’état, des dizaines de milliers de fonctionnaires et plusieurs générations d’universitaires. Au Canada, ce processus fut répliqué en 1931 lorsque la  Fabian society du Canada  fut créée par cinq boursiers de la Fondation Rhodes et nommée League of Social Reconstruction (Ligue pour la reconstruction sociale). Il déboucha rapidement sur un parti politique pro-eugéniste appelé Cooperative Commonwealth Federation (Fédération coopérative du Commonwealth) en 1932 qui se transforma en NPD en 1961.

Comme dans l’ensemble des meetings de ce type, les intervenants incarnent l’écoconvergence. Outre une représentante de Stop Ecocide Canada ont figuré une juriste en droits de l’Homme, un manager de l’International Corporate Governance Network (ICGN – aux très nombreux membres dont BlackRock, Goldman Sachs, JP Morgan, Vanguard…) et le fondateur d’EcoAdvisors et d’EcoInvestors Capital.

Johan Rockström et les limites planétaires

Le concept a été introduit dans un article de Nature daté de 2009, dirigé par Johan Rockström, du Stockholm Resilience Centre (SRC) de l’Université de Stockholm. Ce centre a été fondé par Rockström et Carl Folke. Le CV de ce dernier est notable (comme conseiller auprès des Nations unies par exemple), mais nous nous arrêterons sur Johan Rockström. Ce Suédois dirige actuellement le Potsdam Institute for Climate Impact Research. Il a été directeur du Tällberg Forum, fondé en 1981 et dont l’objectif principal consiste à réfléchir sur et à catalyser les « besoins » de changement des sociétés au niveau mondial. En d’autres termes, il se veut une boîte à outils dans la conduite du changement. AVINA (fondée en 1994 par Stephen Schmidheiny, proche collaborateur de Maurice Strong), le Club de Rome, le Stockholm Environment Institute (lié à Maurice Strong), le Stockholm Resilience Centre, la Fondation Bertelsmann (cf. le livre de Pierre Hillard, La Fondation Bertelsmann et la « gouvernance mondiale »), la Dag Hammarskjöld Foundation (deuxième secrétaire général des Nations unies) ou encore la New Economics Foundation figurent parmi ses « knowledge partners ». Nous y retrouvons également la Global Alliance for Banking on Values, qui cherche officiellement à promouvoir une alternative « positive » au système financier actuel. La Fondation Rockefeller est l’un de ses partenaires. Enfin, le Tällberg Forum s’est décliné au travers de la Tällberg Foundation. Les lauréats de son Leadership Award for Principled Pragmatism rapportés par Sourcewatch méritent d’être cités et situés : Russell L. Ackoff, ancien président de l’International Society for the Systems Sciences dont fit partie Garrett Hardin ; Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies et proche de Maurice Strong ; Lord John Browne of Madingley, ancien haut responsable chez British Petroleum mais aussi membre du directoire de Goldman Sachs et de l’ONG Conservation International ; Gro Harlem Brundtland, ancienne Première ministre de Norvège, affiliée au Forum de Davos et connue pour avoir été rapporteuse du rapport Brundtland (1987) qui a consacré le concept de développement durable ; Bill & Melinda Gates au nom de leur Fondation ; Achim Steiner, directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE) et disciple revendiqué de Maurice Strong ; Jens Stoltenberg, ancien Premier ministre de Norvège, secrétaire-général de l’OTAN, affilié au Forum de Davos et participant aux réunions du Groupe de Bilderberg.

Que sont donc ces limites planétaires ? Elles sont présentées comme le seuil à ne pas dépasser afin que l’humanité continue de vivre au sein d’un écosystème sûr et se répartissent comme suit : changement climatique, érosion de la biodiversité, modification des usages des sols, pollution chimique, perturbation des cycles biochimiques de l’azote et du phosphore, acidification des océans, aérosols atmosphériques, diminution de la couche d’ozone, utilisation d’eau douce. L’article du SRC donne une représentation avec trois limites (en réalité deux, car avec des subdivisions) qu’il estimait déjà dépassées (couleur orange) lors de sa conceptualisation.

Catastrophisme et agenda (2030) néo-malthusien obligent, nous en serions aujourd’hui, selon le même SRC, à six limites planétaires dépassées :

Le glissement vers les limites du système Terre

En outre, Rockström et son équipe étendent désormais l’idée. Le 31 mai 2023 (jour de l’évènement organisé par Stop Ecocide vu supra), toujours dans Nature, ces derniers ont publié un article intitulé « Safe and just Earth system boundaries ». Son abstract disait ceci :

La stabilité et la résilience du système terrestre et le bien-être humain sont inséparablement liés, mais leurs interdépendances sont généralement sous-estimées. Par conséquent, ils sont souvent traités indépendamment. Ici, nous utilisons la modélisation et l’évaluation de la littérature pour quantifier les limites sûres et justes du système terrestre (ESB) pour le climat, la biosphère, les cycles de l’eau et des nutriments, et les aérosols à l’échelle mondiale et inframondiale. Nous proposons des ESB pour maintenir la résilience et la stabilité du système terrestre (ESB sûrs) et minimiser l’exposition aux dommages significatifs causés aux humains par les changements du système terrestre (une condition nécessaire mais non suffisante pour la justice). La plus stricte des limites de sécurité ou juste définit le coffre-fort intégré et juste ESB. Nos résultats montrent que les considérations de justice limitent davantage les ESB intégrés que les considérations de sécurité pour le climat et la charge d’aérosols. Sept des huit ESB sûrs et justes quantifiés à l’échelle mondiale et au moins deux ESB régionaux sûrs et juste dans plus de la moitié de la superficie terrestre mondiale sont déjà dépassés. Nous proposons que notre évaluation fournisse une base quantitative pour la sauvegarde des biens communs mondiaux pour tous les peuples, maintenant et à l’avenir.

Le plus intéressant vient ensuite, puisque Rockström & al. précisent que leur évaluation s’appuie sur le cadre (framework) des limites planétaires, mais aussi des Objectifs de développement durable de l’Agenda 2030 – successeur de l’Agenda 21, eux-mêmes principes d’action adossés à la Charte de la Terre impulsée par Maurice Strong. Les ESB ont vocation à devenir totalisantes. En effet, l’article souligne qu’afin de « protéger les générations présentes et les écosystèmes », des normes au niveau local sont définies. Sans entrer dans les détails relatifs aux quantifications, nous pourrons néanmoins noter que l’humanité ne devient plus qu’une variable égale aux autres espèces. Il s’agit en somme d’un glissement vers le bioéthisme égalitaire. La justice fait partie des ESB et ses trois éléments constitutifs comprennent la justice intergénérationnelle, la justice intragénérationnelle, mais aussi « justice interespèces et stabilité du système Terre ». Ce point, présenté en premier de la boîte à outils (Box 1 de l’article) consacrée aux critères de justice pour analyser des ESB sûrs, dispose que « la justice inter-espèces vise à protéger les humains, les autres espèces et les écosystèmes, en rejetant l’exceptionnalisme humain. Dans de nombreux domaines, la justice interspécifique pourrait être obtenue en maintenant la stabilité du système terrestre dans des ESB sûrs ». Ces trois critères sont centraux dans l’ingénierie des ESB, car ils s’intègrent, écrit l’article, au sein d’un cadre systémique plus large de justice à l’échelle de la planète et qui adopte « une approche de justice transformative multi-niveaux ». Nous pénétrons ici de plain-pied dans la Charte de la Terre. D’ailleurs, les auteurs précisent que les ESB qu’ils proposent s’appuient sur les connaissances existantes, des avis d’experts, ainsi que « sur des normes largement partagées, telles que l’Agenda 2030 ».

La douille apparaît encore plus clairement à la lecture de la section « Methods ». Les auteurs exposent que leur synthèse s’appuie sur des travaux récents comme les rapports du GIEC ou les lignes de conduite de l’OMS. Mais surtout, nous lisons que l’article découle de l’Earth Commission, une « initiative d’évaluation scientifique internationale indépendante » dont la structure parente est Future Earth, programme de recherche pluridisciplinaire qui vise à accroître les connaissances mondiales afin d’accélérer le développement durable – donc de mettre le turbo pour réaliser l’Agenda 2030.

Future Earth est dirigée par plusieurs structures, notamment de l’ONU, telles que l’UNESCO ou le PNUE, ainsi que l’Organisation météorologique mondiale (OMM, cofondatrice du GIEC). Elle dispose de financements publics et privés. Pour ces derniers, plusieurs noms interpellent pour leur rôle dans le lobby vert-bleu : Leonardo DiCaprio Foundation, European Climate Foundation, Gordon & Betty Moore Foundation, Oak Foundation, ClimateWorks Foundation, MAVA Foundation, etc. On y retrouve également la puissante Global Environment Facility (GEF, voir notre prochain article). En 2020, Future Earth a publié le rapport « Our Future on Earth 2020 ». Il fut préfacé par Gro Harlem Brundtland, davocrate notoire dont le rapport qui porte son nom, publié en 1987, servit à graver dans le marbre le concept de développement durable et à justifier la création du GIEC. Comme nos lecteurs l’auront déjà lu, la commission Brundtland avait été impulsée par Maurice Strong (qui en fit partie), lequel fut lui-même cofondateur du GIEC.

Quant à Earth Commission, l’article de Nature de mai 2023 précise qu’elle est un élément constitutif de la Global Commons Alliance, une organisation loin d’être anodine qui sera l’objet de notre prochain article.

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Écocide — Septième partie : entre tech et New Age https://davocratie.com/2023/08/22/ecocide-septieme-partie-entre-tech-et-new-age/ https://davocratie.com/2023/08/22/ecocide-septieme-partie-entre-tech-et-new-age/#respond Tue, 22 Aug 2023 05:39:53 +0000 https://davocratie.com/?p=4588 L’écocide venant avec son florilège de contraintes difficiles à imaginer, cet article en dix parties vous en apprendra les origines, les acteurs et les véritables objectifs. Septième partie.

L’écocide tient une place de choix dans les conférences des parties annuelles, dites COP. Le 4 novembre 2021 par exemple, la COP de Glasgow avait organisé une table ronde sur le sujet, intitulée « Loi sur l’écocide et financer l’avenir ». L’écoconvergence saupoudrée de New Age illustrée par les profils de ses intervenants.

Ralph Chami est directeur assistant du Fonds monétaire international (FMI) depuis 1998, mais aussi cofondateur de Rebalance Earth et Blue Green Future LLC. Rebalance Earth se présente comme née pendant la COVID19 entre « un conservationniste renommé [Ian Redmond 1], un économiste financier [Ralph Chami] et un expert de la technologie blockchain [Walid Al Saqqaf] ». L’objectif : « créer un marché, rendre la conservation de la vie sauvage lucrative et équitable ». Dans un podcast du 6 octobre 2021, Chami appelait à se servir de la finance pour protéger et améliorer la biodiversité tout en capturant le CO2. Quant à Blue Green LLC, encore relativement embryonnaire à l’époque de cette COP mais qui a depuis pris de l’ampleur, les profils valent leur pesant d’or écosystémique.

À l’image de l’essentiel des structures de ce type, Blue Green Future annonce travailler avec des entités variées : groupes de conservations, institutions universitaires, gouvernements, entreprises, fondations, institutions financières… BGF compte quatre cofondateurs, dont Chami. Connel Fullenkamp est présenté comme nanti de plus de trente ans d’expérience dans les marchés financiers et un expert primé en communication. Son CV rapporte sa qualité de consultant chevronné (depuis 1999) auprès du Fonds monétaire international – lui aussi. Dinah Nieburg est membre de Rebalance Earth, mentionné supra., et dispose de plus de 35 ans d’expérience comme coach (notamment auprès de l’ONU) et psychologue. Son profil LinkedIn précise qu’elle est également membre, entre autres, d’une organisation au nom étonnant, la Climate Coaching Alliance, lancée en 2019 et aux éléments de langage New Age. Le dernier cofondateur de Blue Green LLC, Thomas Cosimano, est modélisateur informatique et mathématique, avec plusieurs dizaines de publications dans des journaux économiques et financiers de référence. Il a par ailleurs validé les modèles de gestion de risque utilisés par le FMI.

Les consultants de BFG ont également des profils influents, qu’il s’agisse de David Guggenheim, fondateur de l’ONG Ocean Doctor (à Washington DC…) ou de Nathalie Hilmi, auteur de premier plan pour les rapports du GIEC. Mais nous retiendrons surtout la présence de Carlos Duarte, développeur du concept de carbone bleu (blue carbon) et présenté comme le 12e scientifique climatique le plus influent au monde.

Nous serons plus brefs sur les autres exemples, le but étant de mette en lumière, comme à l’accoutumée, la forêt derrière l’arbre. Un deuxième participant à la table ronde consacrée à l’écocide fut ainsi Gert Peter Bruch, fondateur de l’ONG Planète Amazone (invitée à Stockholm+50 avec d’ailleurs une conférence de Bruch), à partir de laquelle il créa l’Alliance des Gardiens de Mère Nature, en amont de la COP21 et avec le soutien de Paul Watson (Sea Shepherd Conservation Society) ou encore de Nicolas Hulot. Le lecteur curieux pourra se reporter au livre brillant écrit par Catherine Le Gall et intitulé L’imposture océanique. Page 154, Le Gall y écrit que selon Our Shared Seas, « Sea Shepherd arrive en bonne position dans les ONG que les fondations soutiennent » (les fondations bleues comme Packard, Moore, Oak, etc.), avec en 2016 plus de 14 millions de dollars pour la branche américaine de l’ONG de Watson. Il est par ailleurs membre du réseau de l’ONG End Ecocide.

Troisième participante, Katie Hoffman, entrepreneure et investisseuse en « solutions climatiques » (notamment auprès des fintech), entre autres associée à Regeneration VC (dont Leonardo DiCaprio est l’un des conseillers stratégiques, et qui est dirigée par Tom Sturgess, un ancien du directoire de Goldman Sachs et de l’US National Chamber of Commerce), et co-présidente de NEXUS Global (départements Innovation énergétique et Environnement). Les partenaires et sponsors de NEXUS Global comprennent plusieurs trusts et fondations, parmi lesquels la Fondation des Nations unies du néo-malthusien fanatique Ted Turner, partisan d’une coupe drastique dans la démographie mondiale.

Quatrième participant, Mindahi Crescencio Bastida Muñoz est directeur du programme des nations originelles de l’ONG The Fountain et délégué de Mother Earth du Center of Sacred Studies. Sur son site, The Fountain défend une interpénétration de l’économie sacrée, des territoires sacrés, ainsi que des cultures sacrées. Pour définir l’économie sacrée, The Fountain s’appuie sur une citation tirée d’un article du forum de Davos de janvier 2020. Ceci est cohérent avec le pedigree de la directrice des Économies sacrées de l’ONG, Amelia Barlow : consultante en « solutions climatiques » et en « droits écologiques » pour des organisations comme Google, Intel (micro-informatique, cofondé par Gordon Moore, qui a donné son nom à la Fondation Moore), le Council on Foreign Relations (l’un des think tanks les plus influents au monde), la campagne présidentielle de Barack Obama, Lakota Nation, et du Climate Emergency Fund – qui finance notamment Extinction Rebellion et qui « soutient les activistes qui transforment les politiques climatiques ». La fondatrice et « aînée spirituelle » (spiritual elder) de The Fountain est Jyoti Ma (de son vrai nom Jeneane Prevatt), dont le profil s’inscrit dans la spiritualité New Age : psychologie jungienne (à l’Institut Jung en Suisse), Esalen Institute (central dans les expériences psychédéliques de la contre-culture et de l’émergence du New Age au cours des années 1960-1970 – et auquel fait implicitement référence le film Les chèvres du Pentagone), « aînée spirituelle » du Center for Sacred Studies, dont The Fountain est une émanation.

La dernière intervenante de cette table ronde à la COP de Glasgow fut Jojo Mehta, déjà présentée dans notre quatrième partie, centrée sur les liens entre Stop Ecocide et Extinction Rebellion. Pour redonner ici quelques éléments, Mehta est cofondatrice de Stop Ecocide avec la juriste Polly Higgins, présidente de la Stop Ecocide Foundation et coordonnatrice du groupe international sur la définition juridique de l’écocide (Ecocide Law, un projet 2 conjoint de Stop Ecocide et du Promise Insitute for Human Rights de l’UCLA School of Law – qui revendique un rôle majeur dans la définition juridique de l’écocide). Sa biographie sur Stop Ecocide précise qu’elle participe à des émissions et a été interviewée dans divers journaux grand public : TIME Magazine, New York Times, The Guardian, et à la radio avec la BBC. Son profil LinkedIn précise que Jojo Mehta coorganise 38 Degrees Stroud, qui revendique être « une communauté très active politiquement », qui vise à s’impliquer dans des campagnes locales et nationales, principalement au travers de pétitions en ligne 3, qui impliqueraient « plus de 2 millions de Britanniques » 4. Mehta est également coorganisatrice de Frack Free Five Valleys, qui regroupe des communautés britanniques opposées à l’extraction gazière.

La présence de réseaux occultes

La dynamique impulsée s’est poursuivie l’année suivante. Stop Ecocide International s’est ainsi félicitée d’avoir bénéficié, ainsi que sa fondation, d’une « très forte présence » et d’un espace physique lors de l’édition de 2022. C’est d’ailleurs lors de cet évènement que fut officiellement présenté un livre qui nous rappelle l’œcuménisme de la cérémonie de l’Arche de l’Espoir qui a réceptionné la Charte de la Terre. Publié par End Ecocide Sweden, Faith Voices for Ecocide Law. Est l’œuvre de plusieurs organismes contributeurs. Parmi eux, outre le Centre for Applied Buddhism, Stop Ecocide, End Ecocide, l’Interfaith Center for Sustainable Development ou le Cambridge Mosque Trust, nous y retrouvons un nom rencontré lors de nos recherches, le Yale Forum on Religion and Ecology.

Nous avons découvert ce dernier par une analyse de Faith Ecocide for Law, une structure rapidement évoquée à la fin de notre sixième partie. Ses partenaires sont Religions for Peace, CEMUS 5, la Fondation Stigtuna 6, les Jeunes de l’Église de Suède, et le Conseil interconfessionnel suédois. Toutefois, une étude plus approfondie de cette organisation la fait apparaître comme le probable paravent d’autres réseaux. Le 07/10/2021, la coalition a publié une allocution de Mary Evelyn Tucker, « Une nouvelle éthique pour prévenir l’écocide ». Tucker est présentée comme « une pionnière dans le champ de la religion et de l’écologie, cofondatrice et codirectrice du Forum on Religion and Ecology de l’Université de Yale » avec son époux John Grim. Mais des recherches biographiques supplémentaires sur Mary Evelyn Tucker fournissent des informations d’un autre type, faisant émerger par ailleurs un profil ancré dans la spiritualité New Age : vice-présidence de l’American Teilhard Association 7, membre du comité de l’Interfaith Partnership for the Environment du PNUE, membre du conseil d’Earth Charter International (de la Charte du même nom citée ci-dessus), cofondatrice de la Thomas Berry Foundation 8, directrice de Toward Ecological Civilization, membre du conseil mondial sur la spiritualité et la deep ecology à la très New Age World Commission on Global Consciousness and Spirituality, membre du bureau consultatif d’Orion Magazine, organisatrice chez Beyond Sustainability – où l’on retrouve Lynne Twist de la Pachamama Alliance –, etc. John Grim, époux de Mary Evelyn Tucker, est également cofondateur de la Thomas Berry Foundation et membre du conseil mondial sur la spiritualité et la deep ecology à la World Commission on Global Consciousness and Spirituality.

Au sein de celle-ci se trouvent et se trouvaient Jane Goodall, Al Gore, Mikhail Gorbatchev, Steven Rockefeller (i. e. deux des trois initiateurs de la Charte de la Terre), Bono, le Dalai-Lama, El Hassan bin Talal (en tant que président du Club de Rome), etc. Il fut par ailleurs directeur du Metanexus Institute, une organisation aux accents New Age 9 dont le logo, comparable à celui de l’Open Society de Soros, est une spire ésotérique. Nous retrouvons, de manière peu ou prou comparable, une spire en forme de coquillage sur une page du Forum on Religion and Ecology du couple Tucker / Grim de l’université de Yale. Le Forum est en outre partenaire de plusieurs organisations, parmi lesquelles la mission Faith for Earth du PNUE, ou encore de Religions for Peace, mentionnées supra.

1 – Fondateur et chairman de l’Ape Alliance (1996), financée par la Oak Foundation (active sur la finance bleue et déjà identifiée par Yan Giron) et Mighty Earth (fondée par Glenn Hurowitz, consultant pour des structures environnementales mais aussi pour des trusts qui servent de paravent au business des énergies renouvelables : David and Lucile Packard Foundation, ClimateWorks Foundation). Redmon est par ailleurs consultant pour la Born Free Foundation, une ONG axée sur la défense des animaux sauvages et par extension du wilderness. Elle travaille avec diverses organisations, dont l’IUCN et le programme GRASP (protection des grands singes) du PNUE.

2 –  La plateforme Ecocide Law se présente comme regroupant les diverses ressources documentaires relatives à la question de l’écocide : définition(s), histoire, articles de recherche, lois (selon les pays), sujets liés. Il s’agit d’un projet conjoint de la plus grande ONG sur l’écocide, Stop Ecocide International, ainsi que de The Promis Institute for Human Rights de l’UCLA (Université de Californie à Los Angeles) School of Law.

3 – Le site précise qu’un groupe local 38 Degrees peut « diffuser de l’information et planifier des actions sur des questions spécifiques (e. g. Partenariat transatlantique, National Health System, fracturation hydraulique ; ressources croisées entre différentes campagnes et entre différentes actions locales et nationales ; soutien et opportunités de feedbacks pour les organisateurs / impulseurs de changements locaux ».

4 – https://home.38degrees.org.uk/about/ 38 Degrees a été notamment « endossée » par des cadres de plusieurs organisations : Greenpeace UK, MoveOn & Directeur régional de campagne pour Barack Obama, The Times.

5 – Suédois, le CEMUS (The Centre for Environment and Development Studies) a été lancé en 1992. Il se présente comme transdisciplinaire et visant à « contribuer à un monde plus juste et durable ».

6 – Suédoise, la Fondation Stigtuna se présente comme « un forum de dialogue et d’ouverture » et accueille divers événements de nature variée (éducation, culture, travail, mariage…).

7 – Pour rappel, celle-ci a été nommée en référence à Pierre Teilhard de Chardin, une référence mystique de la pensée New Age.

8 – Thomas Berry a été président de l’American Teilhard Association, a édité un livre chez Sierra Club Books, et a occupé d’autres postes : comité consultatif du Forum on Ecology and Religion, patron de la Gaia Foundation, bureau consultatif du Sacred Earth Network, conseil mondial sur la spiritualité et la deep ecology à la World Commission on Global Consciousness and Spirituality, conseil administratif et récipiendaire du prix de Temple of Understanding (une organisation interconfessionnelle mondiale qui bénéficie d’un statut consultatif aux Nations unies), etc.

9 – Ce que souligne la liste de ses partenaires.

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Écocide — Sixième partie : à l’ombre de Stop Ecocide https://davocratie.com/2023/08/04/ecocide-sixieme-partie-a-lombre-de-stop-ecocide/ https://davocratie.com/2023/08/04/ecocide-sixieme-partie-a-lombre-de-stop-ecocide/#respond Fri, 04 Aug 2023 07:50:18 +0000 https://davocratie.com/2023/07/23/ecocide-troisieme-partie-end-ecocide-on-earth-2/ L’écocide venant avec son florilège de contraintes difficiles à imaginer, cet article en dix parties vous en apprendra les origines, les acteurs et les véritables objectifs. Sixième partie.

Un carrefour de poids lourds

Nous renvoyons le lecteur à la page dédiée au bureau consultatif de Stop Ecocide pour éviter d’en dresser l’inventaire aux biographies interminables. Quelques noms nous sont connus par End Ecocide, tels que Valérie Cabanes, Nnimmo Bassey et XR avec Gail Bradbrook. Nous donnerons seulement quatre autres noms, pour illustrer les enjeux qui s’y jouent.

Jonathon Porritt, directeur et fondateur du Forum for the Future, une organisation qui vise à conduire (« accélérer ») le changement en faveur d’un « avenir durable » et revendique travailler avec des entreprises, des gouvernements et des ONG. Sa fiche Wikipédia souligne qu’il « contribue fréquemment à des magazines, journaux et livres, et apparaît à la radio et à la télévision ». Directeur de la branche britannique de Friends of the Earth de 1984 à 1990, il fit passer l’ONG de 12 700 à 226 300 membres. En 1987, il publia le Friends of the Earth Handbook. Porritt a par la suite (1991 – 2005) intégré la branche britannique du WWF, dont il fut un administrateur. Il a par ailleurs assisté au Sommet de Rio de 1992 et a écrit une introduction pour The way forward : beyond Agenda 21, qui analysait les réussites et les échecs du sommet cinq ans après. Pour le gouvernement britannique, Porritt a présidé la Commission sur le développement durable en juillet 2000. Il est en outre auteur de livres, le dernier s’appelant Hope in Hell. A decade to confront the climate emergency, au titre aligné sur l’Agenda 2030. Enfin, entre autres fonctions et affiliations, Porritt a été nommé en 2018 président de l’ONG Population Matters, dont l’ancien nom (explicite) était Optimum Population Trust.

Richard Rogers, associé du cabinet Global Diligence LLP (dont l’excroissance qui se présente « à but non lucratif » est Climate Counsel, une ONG que nous cartographions infra). Il a par le passé occupé des postes de haut niveau aux Nations unies ainsi qu’à l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Il a par ailleurs été consultant auprès de plusieurs gouvernements ainsi que de l’influent cabinet Deloitte. En parallèle, Richard Rogers est expert au sein du groupe d’inspection de la Banque mondiale et de la Stabilisation Unit du gouvernement britannique (unité intergouvernementale dirigée par le National Security Council), et il dispose d’une habilitation de sécurité du gouvernement britannique. Son cabinet travaille en outre en partenariat avec plusieurs ONG :

Patrick Alley, cofondateur et directeur de Global Witness 1 (depuis 1993). Global Witness, en plus d’être connue pour avoir inspiré le film Blood Diamond (réalisé par Edward Zwick, membre de Global Witness) est, comme déjà évoqué, une ONG centrale de la galaxie Open Society de George Soros. Le montant des subventions que lui accorde l’Open Society est en effet notable.

Julia Jackson, fondatrice de Grounded, une « organisation philanthropique » qui vise à proposer des solutions climatiques. Si cette ONG vous est inconnue, nous la mentionnons à dessein pour mettre en lumière qu’une vaste forêt se cache derrière cet arbre. Les partenaires de son « écosystème » sont Stop Ecocide Foundation, The Fountain, One Earth, Amazon Frontlines (financée notamment par Earth Alliance et la Fondation Manitou), et Only One (cofondée par la SeaLegacy et la Blue Sphere Foundation – devenue Only One). Son partenaire membre est Confluence Philanthropy, un gestionnaire d’actifs qui revendique comme mission de « transformer la pratique de l’investissement en alignant le capital avec les valeurs de notre communauté que sont la durabilité, l’équité et la justice. Nous soutenons et stimulons un réseau de membres provenant de fondations privées, publiques et communautaires ; de family offices ; de donateurs individuels ; et leurs conseillers en investissements qui partagent les mêmes valeurs représentent 92 milliards de dollars en actifs philanthropiques gérés, et plus de 3,5 milliers de milliards de dollars en capital géré ». Le bureau directeur du fonds comprend notamment un vice-président du Rockefeller Philanthropy Advisors et la directrice du comité d’investissement de la Sierra Club Foundation. Le partenaire marketing de Grounded est la Bank of the West de BNP Paribas. Quant aux partenaires médiatiques, ils comprennent notamment BBC StoryWorks et la branche américaine de The Guardian. En parallèle, Grounded comprend plusieurs « solutionnistes », dont le profil oscille entre les dirigeants de business énergétique ou environnementaliste (Newlight Technologies, Frost Methane Labs, Sustainable Ocean Alliance, Native Renewables…) ou d’ONG (SeaLegacy, 350.org, The Oxygen Project…), ainsi que d’autres entreprises et profils variés, dont certains déjà vus (Jojo Mehta notamment).

Du côté des organisations partenaires de Stop Ecocide, nous trouvons de l’institutionnel (Programme des Nations unies pour l’Environnement), de l’activisme « à la Thunberg » (Fridays for Future), de l’environnementalisme globalement radical (Pachamama Alliance, avec Jane Goodall, ou la branche néerlandaise de Green Cross International), du New Age (Shambala Festival, EcoResolution), le tout mélangé. Avec des interpénétrations de profils issus d’organisations financées par la famille Rockefeller (chez Faith Invest, présence de Mark Campanale de la Carbon Tracker Initiative). Les partenaires financiers ont quant à eux des profils marqués par l’anthroposophie de Rudolf Steiner (Cloverleaf Foundation, Triodos Foundation – issue de la Triodos Bank, Iona Foundation…).

***

End Ecocide et Stop Ecocide ne sont bien entendu pas les seules ONG centrées sur l’écocide. Le lecteur pourra par exemple se reporter à Climate Counsel (qui se présente comme une « excroissance à but non lucratif » de Global Diligence LLP), à Faith for Ecocide Law (coalition interconfessionnelle regroupe des chefs de file spirituels et religieux pour soutenir la reconnaissance internationale du crime d’écocide, initiée par End Ecocide, Stop Ecocide, le diocèse catholique de Stockholm, ainsi que le Conseil chrétien de Suède), et à l’Earth Law Center (qui dispose d’un statut consultatif spécial auprès de l’ECOSOC des Nations unies depuis 2019). Si aucune de ces trois structures n’est aussi impressionnante par la profondeur de ses réseaux que Stop Ecocide International, l’Earth Law Center mérite de s’y arrêter en conclusion de cet article. Histoire de rappeler que le fruit tombe toujours près de l’arbre – nos lecteurs réguliers comprendront.

L’Earth Law Center a en effet fait valider ses « droits de la nature » par plusieurs villes, qui sont données à titre d’exemple. La première est Crestone, dans le Colorado. La boîte à outils précise qu’il s’agit de Baca, à savoir la communauté fondée sur la propriété du couple Maurice et Hanne Strong :

Crestone est une ville dynamique située dans le centre-sud du Colorado. Alors que Crestone n’a que 150 résidents, plus de 2 000 personnes vivent dans la grande zone du Baca Grande. Crestone est un haut-lieu spirituel, foyer de 23 centres spirituels qui représentent l’hindouisme, le bouddhisme, la chrétienté, les traditions amérindiennes et bien d’autres systèmes de croyance. […] La zone entreprit un changement majeur en 1978 lorsque Maurice Strong – un homme d’affaires canadien et diplomate des Nations unies – vint dans la région et, comme beaucoup, tomba amoureux de ses terres sauvages magnifiques. Il acquit une grande bande de terre et revint avec une idée insolite : donner la terre à toute institution spirituelle qui y ouvrirait un centre.

1 – Charmian Gooch, également cofondatrice et codirectrice de Global Witness, est membre des Young Global Leaders du World Economic Forum. Nous pouvons nous appuyer sur l’exemple de Global Witness pour illustrer la diffusion de concepts dans les médias. Les bureaux directeurs et / ou administratifs des ONG se composent de personnalités liées au monde médiatique d’une manière ou d’une autre. Le bureau directeur de Global Witness par exemple accueille Gabrielle « Gaby » Darbyshire, cofondatrice et ancienne COO de Gawker Media, directrice du bureau de GOOD Worldwide (où l’on trouvait jusqu’en 2018 Eli Pariser, ancien directeur exécutif de la sorosienne MoveOn.org), ainsi que Kirsty Lang, présentatrice à la BBC et journaliste « avec 30 ans d’expérience » (selon son profil LinkedIn), présente ou l’ayant été sur plusieurs chaînes : BBC, Channel 4, Sunday Times, en plus d’être membre du bureau administratif du British Council. Membre du bureau consultatif, Arlene McCarthy, quatre mandats au Parlement entre 1994 et 2014, anoblie par la reine, nommée parmi les 100 femmes les plus influentes de la finance européenne en 2010, 2011 et 2012, parlementaire de l’année en 2014 pour sa contribution à la réforme des marchés financiers, mais aussi conseillère sur les questions financières auprès du président de Bloomberg, groupe financier du milliardaire américain du même nom – Bloomberg diffuse de l’information économique et financière mais aussi de l’information via de nombreux supports : presse, télévision (Bloomberg TV), radio, Internet, livres ; Darlene Lee, membre du bureau et ancienne directrice exécutive de l’Earth Law Center, a été directrice générale de l’Institut Ipsos à Hong-Kong de novembre 2011 à septembre 2014.

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Écocide — Cinquième partie : le lobby Stop Ecocide https://davocratie.com/2023/07/31/ecocide-cinquieme-partie-le-lobby-stop-ecocide/ https://davocratie.com/2023/07/31/ecocide-cinquieme-partie-le-lobby-stop-ecocide/#respond Mon, 31 Jul 2023 09:29:48 +0000 https://davocratie.com/2023/07/23/ecocide-troisieme-partie-end-ecocide-on-earth-3/ L’écocide venant avec son florilège de contraintes difficiles à imaginer, cet article en dix parties vous en apprendra les origines, les acteurs et les véritables objectifs. Cinquième partie.

Le lobbying en action

Illustrons-le. Le 26 octobre 2022, un communiqué de presse avec une réunion Zoom conjointe rassemblait Jojo Mehta, Marie Toussaint, Patrizia Heidegger (secrétaire générale adjointe du Bureau européen de l’Environnement, l’une des ONG du secteur les plus présentes auprès de la Commission européenne) et Sirpa Pietikainen, députée européenne, rapporteure de la commission ENVI de l’UE. Les quatre intervenantes ont annoncé qu’un document, « soumis aux agences de l’UE par la Fondation Stop Ecocide, vient d’être validé par le vote de la Commission de l’environnement de l’UE (ENVI) sur ses propositions concernant la révision de la directive européenne. La commission a proposé d’inclure un article autonome dans la directive établissant un délit d’écocide pour couvrir les « dommages graves et étendus ou à long terme à l’environnement ». S’il est adopté dans la directive révisée, cet article pourrait permettre aux États membres de poursuivre les atteintes les plus graves à l’environnement, qui ne sont actuellement pas considérées comme des crimes graves dans aucun État membre ». Le document demandait la protection de l’environnement par le droit pénal. Comme nous l’avons vu dans notre première partie, ce lobbying a porté ses fruits en mars 2023, notamment au travers de l’action de la même Marie Toussaint.

Stop Ecocide et la consultation multipartite de Stockholm+50

Cette victoire de Stop Ecocide s’inscrit dans une dynamique soutenue. Avant octobre 2022, il y eut ainsi le Sommet décennal de l’écologie des Nations unies, cette fois nommé Stockholm+50 (2 & 3 juin 2022), en référence au Sommet de Stockholm de 1972. En amont du Sommet, une consultation multipartite de parties prenantes Europe & Amérique du Nord a eu lieu – avec une traduction des programmes et de la vidéo en anglais et en russe. De mauvaise qualité, cette vidéo est non répertoriée avec à peine plus de 50 vues. Nous y retrouvons alors Patrizia Heidegger, secrétaire générale adjointe de l’ONG European Environmental Bureau (EEB) précitée. Le document de la consultation (13 pages) rapportait déjà plusieurs demandes en faveur d’une loi sur l’écocide et d’une reconnaissance internationale du crime d’écocide.

En poussant plus loin les recherches, nous en découvrons davantage. La vidéo non répertoriée de Stockholm, en anglais, fait moins de 14 minutes (en plus d’être d’une qualité désastreuse). Par contre, celle doublée en langue russe (avec encore moins de vues, 19 seulement au moment où nous rédigeons) dure plus d’1h10 – avec un doublage qui nous empêche de comprendre les échanges. Malgré cela, cette vidéo en russe est d’un intérêt majeur, dans la mesure où nous découvrons les noms des participants et des organisations auxquelles ils sont affiliés, ce que ne révèle pas le document de la consultation précité. Outre Patrizia Heidegger déjà citée, figurent plusieurs membres du Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE), mais également deux membres de Stop Ecocide (que nous avons encadrées en rouge sur notre capture ci-dessous) : Sue Miller, chef des réseaux mondiaux de l’ONG, ainsi que Shirleen Chin, chargée des projets stratégiques. D’autres personnalités sont également présentes, comme Constanza Prieto, membre du projet Harmony with Nature de l’ONU mais surtout juriste au sein de l’Earth Law Center, une ONG que nous évoquerons à la fin de nos articles sur Stop Ecocide.

De Stop Ecocide aux réseaux Davos-Rockefeller

Stop Ecocide s’est illustrée lors d’un autre évènement associé à Stockholm+50, plus précisément à son Climate Hub. Le 31 mai 2022, soit deux jours avant l’ouverture du Sommet officiel, s’est tenu « Ecocide Law – the Stockholm legacy » (i. e. « Loi sur l’écocide – l’héritage de Stockholm »). L’organisation patronne est We Don’t Have Time, avec le concours de Stop Ecocide et de la branche suédoise d’End Ecocide. Ce point est particulièrement central, dans la mesure où We Don’t Have Time, soutien majeur de la Youth Climate March mais surtout coorganisatrice du Climate Hub de Stockholm+50, est une ONG fondée par Ingmar Rentzhog. Ce Suédois, surnommé « Mark ZuckerVert », est la personne à l’origine de la médiatisation de Greta Thunberg. Dans son article pour Reporterre intitulé « Le capitalisme vert utilise Greta Thunberg », l’ancienne députée écologiste Isabelle Attard a rapporté les éléments trouvés par le journaliste suédois Andreas Henriksson dès le 11/12/2018 et publiés sous le titre « PR-spinnet bakom Greta Thunberg » (« La manipulation des relations publiques derrière Greta Thunberg »). Cet article riche en informations fournit des captures d’écran pour étayer ses assertions.

Nous compléterons avec les nôtres. Au mois de mai 2018, Ingmar Rentzhog a été nommé président du think tank Global Utmaning (i. e. Global Challenge), poste qu’il a occupé jusqu’en septembre 2020. Il y est désormais membre du comité de nomination. Global Utmaning a été créé et financé par la milliardaire Kristina Persson, ancienne ministre de la Stratégie de l’Avenir et de la Coopération nordique du gouvernement social-démocrate Löfven. Persson est par ailleurs membre du conseil stratégique de l’European Policy Centre (EPC), l’un des think tanks les plus influents auprès de la Commission européenne. Fondé en 2005, Global Utmaning se présente comme dédié à un avenir durable, avec pour principes directeurs les Objectifs du millénaire pour le développement et désormais l’Agenda 2030. Global Utmaning est financé entre autres par la Bill & Melinda Gates Foundation et le programme Horizon 2020 de l’Union Européenne, et a parmi ses partenaires le World Economic Forum (Global Utmaning précise compter « plus de 90 consultants principaux ainsi que 20 ‘Future Thinkers’, un réseau de jeunes consultants affiliés à la communauté Global Shapers du World Economic Forum ») – qui accueillit Greta Thunberg –, le WWF, la branche européenne de The Climate Reality Project d’Al Gore (membre du directoire de Davos) 1 et plusieurs branches de l’ONU : UN Global Compact, UN-Habitat et l’ECOSOC. À ce titre, elle dispose d’un statut consultatif auprès des Nations unies, et l’organisation en a fait le coordinateur de Sweden Local2030 Hub 2 (en partenariat entre autres avec la branche suédoise du WWF), « l’un des huit hubs mondiaux des Nations unies qui travaillent localement à la réalisation des objectifs mondiaux » 3 . Pour son projet relatif à l’Agenda climatique, Global Utmaning est notamment partenaire de We don’t have time.

Remontons un peu plus vers le moyeu de We Don’t Have Time. Brièvement d’abord avec Susanne Wedin-Schildt, membre de son directoire, fondatrice et PDG de l’Ocean Community Challenge (dont l’un des partenaires business est la plateforme UpLink du Forum de Davos) mais aussi « Climate Reality Leader » pour le Climate Reality Project d’Al Gore. Toujours brièvement avec Anette Nordvall, également membre du directoire de We Don’t Have Time et bénévole au sein du Climate Reality Leadership Corps du Climate Reality Project précité. Plus longuement par contre, arrêtons-nous sur le PDG du directoire consultatif de l’ONG We Don’t Have Time, Björn Larsson. Parmi ses divers jetons, il est membre de la Clinton Global Initiative, mais il est surtout un membre fondateur du Global Impact Investment Network (GIIN).

Cette structure a donné son impulsion au concept d’impact investing, traduit en français par investissement à impact social. Sa première mention date de 2007 et émane de la Rockefeller Foundation 4. À son Bellagio Center en Italie – lieu des premières réunions du Club de Rome –, la Fondation a présenté en 2007 et en 2008 son Impact Investing Initiative, qu’elle a alors doté de 38 millions de dollars. Comme le précise Novethic, ce concept « s’inscrit dans la perspective de l’investissement socialement responsable (ISR 5) et du développement durable ». Le Global Impact Investing Network (GIIN) souligne que l’impact investing est une industrie qui croît rapidement au travers d’investisseurs qui souhaitent combiner un impact social & environnemental avec un retour sur investissement. Tous les types d’actifs sont concernés, et l’impact investing se déploie sur les marchés développés comme sur les marchés émergents. Le GIIN définit ce capital comme destiné à « répondre aux défis mondiaux les plus urgents dans des secteurs comme l’agriculture durable, les énergies renouvelables, la conservation, la microfinance, et des services accessibles et abordables comme le logement, les soins de santé, et l’éducation ».

Dans le monde, une recherche sur Google Trends rapporte que l’intérêt pour l’impact investing croît régulièrement depuis 2009, année de la création du GIIN. Le conseil des investisseurs du GIIN comprend de nombreuses organisations 6, parmi lesquelles plusieurs noms que nous avons déjà pu remarquer précédemment : The Rockefeller Foundation (en figure de proue), Soros Economic Development Fund, The David and Lucile Packard Foundation, Acumen 7, Ford Foundation, The John D. and Catherine T. MacArthur Foundation, Triodos Investment Management. D’autres noms sont également parlants : LeapFrog Investments (financée par George Soros), BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement), Deutsche Bank, Morgan Stanley, J. P. Morgan 8, etc. En dehors de cette organisation, d’autres enseignes de premier plan s’investissent dans l’impact investing, comme le souligne le Rockefeller Philanthropy Advisors : BlackRock, Goldman Sachs, Bain Capital, TPG 9. Enfin, une lecture des profils détaillés membre du GIIN rapporte également la prégnance (la mainmise) de la Rockefeller Foundation.

Par conséquent, l’association We Don’t Have Time avec End Ecocide et Stop Ecocide souligne l’importance accordée par de très puissants réseaux à ces deux dernières organisations. En cerise sur le gâteau, nous ajouterons les profils du directoire consultatif américain de We Don’t Have Time. Pour situer la mainmise, rappelons ici que son fondateur est Suédois, que l’ONG ne dispose que de deux directoires consultatifs : États-Unis et monde, et que le PDG de ce dernier est, comme nous l’avons vu, étroitement lié aux réseaux US & Rockefeller. Le directoire américain comprend sept membres. Cinq ont retenu notre attention. Thomas Snitch a passé « 47 ans à Washington DC », servant aussi bien à la NASA, au Département d’État, qu’à la Maison Blanche. David Fenton, considéré comme l’une des personnalités les plus influentes du monde des relations publiques, fondateur de Fenton Communications (1982, centré notamment sur l’environnement et représentant pour l’ONG sorosienne et Démocrate MoveOn.org), a travaillé avec Al Gore et les Nations unies sur la question du changement climatique, et a cofondé Environmental Media Services avec Arlie Schardt, ancien directeur de la branche américaine de l’ONG néo-malthusienne Friends of the Earth. Ebony Twilley-Martin est la directrice exécutive de Greenpeace USA. Sherri (W.) Goodman, ancienne première sous-secrétaire adjointe à la Défense, est la secrétaire générale du Conseil militaire international sur le climat & la sécurité. Tim Kelly est l’ancien directeur de la National Geographic Society et le directeur exécutif d’Earth HQ, bras armé médiatique de la Global Commons Alliance. Nous aborderons cette structure importante dans un dossier ultérieur qui traitera du Wilderness. Précisons seulement qu’elle fut lancée au travers du Rockefeller Philanthropy Advisors et a pour raison d’être affichée le « triomphe des communs mondiaux » (traduit : une extension irrésistible du Wilderness pour empêcher l’écocide), et qu’elle participa avec We Don’t Have Time au Climate Hub de Stockholm+50 sur le thème « Planetary Stewardship – an event for the global commons ».

L’évènement « Ecocide Law – the Stockholm legacy » a accueilli plusieurs participants. Sans faire de liste supplémentaire, vers laquelle nous renvoyons, notons seulement les interventions de Jojo Mehta, Pella Thiel (End Ecocide Suède et experte auprès du programme Harmony with Nature de l’ONU ; en 2019, elle fut nommée « Environmental Hero of the Year » par la branche suédoise du WWF) Tarja Halonen (ancienne présidente de la Finlande déjà citée, soutien d’une loi sur l’écocide auprès de Stop Ecocide), Nina Macpherson, PDG de l’Ecocide Law Alliance, mais aussi Ralph Chami, vice-directeur du Fonds monétaire international et dont nous reparlerons dans un prochain article. Le cynisme du double-sens de l’intitulé de l’intervention de ces deux derniers s’appréciera : « Earth is our Business ».

1 – L’actuelle (07/2023) PDG de Global Utmaning, Tove Ahlstrom, est d’ailleurs affiliée au Climate Reality Project. Elle figure en outre au directoire consultatif de We Don’t Have Time.

2 – Hub est le terme anglais pour « plateforme ».

3 – Le conseil d’administration de Global Utmaning est présidé par Catarina Rolfsdotter-Jansson, ancienne journaliste, modératrice pour la Commission européenne, modératrice et gestionnaire de contenu pour A Sustainable Tomorrow et animatrice de We Don’t Have Time Climate Action One-on-one, cofondatrice de l’ONG climatique internationale Our Kid’s Climate et conseillère honoraire du NGO Committee on Sustainable Development à New York, une organisation qui collabore étroitement avec les Nations unies et dont l’objectif est de surveiller et d’influencer l’implémentation de l’ensemble des engagements et accords adoptés par les Nations unies, de la Conférence de Stockholm aux engagements post-2015 en passant par Rio 1992 et Rio+20, les Objectifs de développement durable, etc. Parmi ses reconnaissances, Rolfsdotter-Jansson a reçu le Region Skåne Honorary Environmental Award « pour ses  25 ans d’engagement sur les questions environnementales », a été nommée 22e des 101 personnes les plus influentes de Suède en 2021 sur le sujet de la durabilité (sustainability), et nominée modératrice de l’année 2019 en Suède. Parmi les services qu’elle propose sur son site, elle précise donner des conférences fondées sur les Objectifs de développement durable des Nations unies. Enfin, elle fut consultante pour l’Earth Hour City Challenge organisé par le WWF.

4 – Nous parlons ici non d’une pratique, mais d’un concept, à savoir de la théorisation d’un phénomène et de sa reconnaissance publique sous un signifiant donné. De ce fait, l’impact investing non comme signifiant, mais comme signifié, aurait une existence antérieure. Dans un rapport de 2013, le Commissariat général à la stratégie et à la prospective a souligné que le concept d’impact investing représente aussi un outil de soft power (i. e. d’influence) : « le fait que le terme soit né aux États-Unis n’est pas neutre, le contexte institutionnel et social propre à chaque pays influençant la signification donnée. Dès lors, il faut veiller à ce que le concept reconnaisse la richesse du secteur de l’économie sociale et solidaire dont la structuration ancienne en Europe est parfois négligée. »

5 – Dans son lexique, Novethic définit également l’ISR. Nous en donnons ici la première partie et renvoyons à l’entrée dédiée pour son intégralité : « L’Investissement Socialement Responsable (ISR) consiste à intégrer de façon systématique et traçable des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) à la gestion financière. L’ISR favorise une économie responsable en incitant les sociétés de gestion de portefeuille (SGP) à prendre en compte des critères extra-financiers lorsqu’elles sélectionnent des valeurs mobilières pour leurs actifs financiers. On parle aussi ‘d’application des principes du développement durable à l’investissement’. Ce placement financier cherche à concilier performance économique, impact social et impact environnemental en finançant les entreprises qui contribuent au développement durable. »

6 – Au nombre de 64 à ce jour.

7 – Fondé par Andrea Soros Colombel, la fille de George Soros.

8 – Dès 2010, J. P. Morgan et la Rockefeller Foundation avaient publié un rapport sur cette « classe d’actifs émergente ».

9 – TPG fait par ailleurs partie de The Climate Coalition, un regroupement d’une vingtaine de grandes entreprises mondiales et qui investit

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Écocide — Quatrième partie : les janusiennes Extinction Rebellion et Stop Ecocide https://davocratie.com/2023/07/27/ecocide-quatrieme-partie-les-janusiennes-extinction-rebellion-et-stop-ecocide/ https://davocratie.com/2023/07/27/ecocide-quatrieme-partie-les-janusiennes-extinction-rebellion-et-stop-ecocide/#respond Thu, 27 Jul 2023 13:14:25 +0000 https://davocratie.com/2023/07/23/ecocide-troisieme-partie-end-ecocide-on-earth-4/ L’écocide venant avec son florilège de contraintes difficiles à imaginer, cet article en dix parties vous en apprendra les origines, les acteurs et les véritables objectifs. Quatrième partie.

Vous connaissez déjà sans la connaître Stop Ecocide International. Pas parce que nous l’avons déjà introduite dans un article précédent pour sa formalisation de la définition de l’écocide. Mais pour sa proximité presque incestueuse avec la médiatique Extinction Rebellion, dite « XR ». Le bureau consultatif de Stop Ecocide International accueille ainsi Gail Bradbrook, cofondatrice d’Extinction-Rebellion (alias « XR »). Dans une vidéo, Bradbrook avait à ce titre déclaré :

Extinction Rebellion et le travail de Polly [Higgins] (Stop Ecocide) sont très intimement liés, spirituellement, émotionnellement, amicalement, amoureusement, et aussi de manière très pratique.

Polly Higgins and the formation of extinction rebellion

Dans un billet de blog daté de 2019, Jojo Mehta donne plus de détails :

L’actuelle campagne de crowdfunding – désormais connue en tant que Stop Ecocide – a été cofondée en 2017 par la juriste Polly Higgins et l’activiste Jojo Mehta, deux bonnes amies de Gail Bradbrook, Simon Bramwell et d’autres cofondateurs d’Extinction Rebellion (XR). Jojo et Gail furent arrêtés ensemble en 2017 lors du blocage d’un incinérateur local ; Gail a été l’une des premières signataires d’Earth Protectors [Trust Fund] de Stop Ecocide ; Polly a dès le départ assisté Extinction Rebellion avec ses conseils juridiques.

Stop Ecocide & Extinction Rebellion – what’s the connection?

Higgins est par ailleurs à l’origine de la campagne de lobbying pour une loi sur l’écocide (#EcocideLaw) dès 2010-2011.

Cette collaboration se poursuit toujours. Après la proposition du Parlement européen traitée dans notre deuxième article, le lobbying en vue de peser sur le trilogue communautaire a connu de nouvelles manifestations. Le 21 mai 2023 par exemple, veille de la Journée mondiale pour la biodiversité, le chapitre belge de Stop Ecocide a ainsi organisé une « Marche pour la biodiversité et pour la reconnaissance du crime d’écocide », explicitement soutenue par Extinction Rebellion. Nous y retrouvons d’autres noms connus tels que Greenpeace, Coalition Climat (qui regroupe une centaine d’organisations environnementales dont le WWF et OXFAM) ou Youth for Climate, né suite à l’appel lancé début 2019 par Greta Thunberg.

Quant à Jojo Mehta, de son vrai nom Ella-Jo Maria Mehta, elle est la petite fille de l’auteur et pianiste indien Phiroz Mehta (1902-1994). Entre autres éléments biographiques, la notice Wikipédia de ce dernier rapporte qu’il fut étroitement impliqué au sein de la Société théosophique d’Helena Blavatsky, au point de diriger la branche de Colombo (capitale du Sri Lanka) dès l’âge de seize ans. La mère de Jojo Mehta s’inscrit peu ou prou dans la même filiation. Jehanne (de son vrai prénom Sylvia) Mehta s’inscrit dans la spiritualité New Age. La raison ayant motivé son changement de prénom est éclairante, suite à un séjour prolongé en France à la fin de son adolescence :

Elle ressentit une affinité particulière avec la région parfois nommée « pays cathare » d’après la secte chrétienne radicale qui se développa dans le sud de la France au 13e siècle, un groupe égalitaire et hautement cultivé qui autorisait les femmes à devenir des initiées. Cette connexion fut suffisamment forte pour inspirer son changement de nom officiel en Jehanne […].

Biography – Jehanne Meht

Hormis cette alliance d’estrade, Stop Ecocide International constitue une galaxie à elle seule. À côté, End Ecocide fait office d’antenne communale. Son influence s’adosse par ailleurs à ses très nombreux soutiens de poids, dont le pedigree parfois vertigineux figure, à titre illustratif occasionnel, dans nos notes de bas de page.

Une cartographie des supporters de l’ONG, que nous avons menée intégralement mais sur laquelle, pour des raisons de format, nous ne serons ici pas exhaustifs, révèle que le ver est dans le fruit (i. e. les institutions) depuis bien longtemps. Plusieurs noms en témoignent : Pape François, le vice-président de la Commission européenne et patron du Green Deal Frans Timmermans, la marionnette de Davos Greta Thunberg, la néo-malthusienne furieuse (et « Messagère de Paix » des Nations unies) Jane Goodall, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, l’ancien Beatles (et cofondateur de Meat Free Monday pour vous faire manger moins de viande) Paul McCartney, l’ancienne présidente de la Finlande (2000-2012) Tarja Halonen, Richard Falk (figure-clé du développement du concept d’écocide), ou encore les très influents Sir Shridath Ramphal 1 et Sir Jonathon Porritt (voir infra). Une liste très loin d’être exhaustive.

Qui finance, et quel méta-réseau ?

Comme bien souvent dans le néo-malthusianisme, dérouler la pelote de laine nous mène vers la Grande-Bretagne. L’équipe internationale centrale de Stop Ecocide est « gérée depuis le Royaume-Uni » par Stop Ecocide International Ltd. Or sur la page dédiée, nous apprenons que les salaires des directeurs de l’ONG sont payés par la Polden-Puckham Charitable Foundation, elle aussi britannique. Signataire de Divest Invest Philanthropy (où l’on retrouve entre autres Greenpeace, Friends of the Earth, 350.org., etc.), la Polden-Puckham est membre de l’Environmental Funders Network. Un coup d’œil à l’équipe de ce réseau est éclairant. Sa directrice Florence Miller a en effet travaillé aux États-Unis pour la National Audubon Society, l’un des plus puissants groupes environnementaux au monde et qui a été pendant longtemps lourdement financée et soutenue par la famille Rockefeller. Elle a également travaillé pour le WWF directement à Washington DC. Dit autrement, elle dispose du profil typique de l’agent d’influence américain en faveur de l’agenda écologique. Sa très courte notice disponible sur Sourcewatch révèle qu’elle dirige le réseau depuis 2012 et qu’auparavant, elle codirigea Together Green, projet conjoint d’Audubon et de Toyota.

Le bureau administrateur de l’Environmental Funders Network est lui aussi éclairant. Sans être exhaustifs, nous retiendrons tout de même plusieurs profils. Hugh Mehta, dont une photographie comparée interroge sur un lien de parenté avec Jojo Mehta, a travaillé pour la branche britannique du WWF. Fiona Napier a été directrice aux plaidoyers internationaux pour l’Open Society Foundation de George Soros, mais aussi directrice associée aux campagnes sur la gouvernance environnementale de la très (très) sorosienne Global Witness. Elle a par ailleurs cofondé avec Soros la campagne Publiez ce que vous payez, devenue rapidement l’Initiative pour la transparence des industries extractives. Dit autrement, son profil est aussi celui d’un agent d’influence gouvernemental, ce que sa qualité de membre fondatrice du directoire de l’Ethical Trade Initiative appuie un peu plus.

Cette structure a en effet rapporté que le département britannique pour le développement international (équivalent british de l’USAID) lui a accordé des fonds illimités pour son action. Enfin, Fiona Napier est basée à Nairobi au Kenya, soit la ville où Maurice Strong a implanté en 1972 le siège du Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE). Autre profil, Champa Patel fut directrice de l’innovation du puissant International Crisis Group (financé entre autres par la Fondation Gates et l’Open Society, et des lobbies verts-bleus comme les Fondations Hewlett, Packard, et MacArthur), et elle occupe des responsabilités au sein de la barbouzoïde Chatham House, dont la règle est bien connue :

Lorsqu’une réunion, en tout ou en partie, est tenue selon la règle de Chatham House, ses participants sont libres d’utiliser les informations qui leur sont données, mais ne peuvent divulguer ni l’identité ni l’affiliation des orateurs ni celles de tout autre participant à la réunion.

Chatham House Rule

Les autres profils sont peu ou prou du même acabit, et l’on relève plusieurs d’entre eux qui ont occupé des postes dans divers programmes des Nations unies.

Objectifs

Stop Ecocide, initialement Ecological Defence Integrity mais renommée en 2021 pour se mettre au diapason de la mobilisation internationale sur la question décrit son activité centrale comme dédiée à activer et développer un soutien trans-sectoriel pour une reconnaissance internationale du crime d’écocide. L’organisation déclare – ce que confirme notre cartographie infra à partir des informations de son site – collaborer avec des profils issus de milieux variés à cette fin : diplomates, personnalités politiques, juristes, dirigeants d’entreprises, ONG, groupes religieux et indigènes, influenceurs, experts universitaires, campagnes & individus locaux. Elle dispose de ramifications dans une vingtaine de pays, et se compose de plus de 22 000 membres, qu’elle appelle « Protecteurs de la Terre » (Earth Protectors), tels que Paul McCartney ou Cara Delevingne.

Stop Ecocide précise que son travail « se situe à l’intersection des développements législatifs, de la traction politique et de la narration publique, et a de ce fait un positionnement uniquement dédié tant au soutien qu’à l’amplification de la discussion mondiale » sur le sujet. L’ONG est notamment intervenue au cours de plusieurs tables rondes tant à la COP 26 qu’à la COP 27 (cf. l’un de nos prochains articles). Également présente dans les médias, elle bénéficie de nombreuses portes ouvertes.

La demande de criminalisation de l’écocide trouve un écho à plusieurs niveaux, comme l’ONG le précise : interventions publiques au niveau parlementaire et / ou gouvernemental au travers de motions, pétitions, résolutions, questions parlementaires, livres blancs ou propositions de lois complètes dans divers pays et institutions : Bangladesh, Brésil, Bolivie, Belgique, Canada, Chili, Finlande, France 2, Luxembourg, Maldives, Mexique, Pays-Bas, Portugal, Écosse, Espagne, Suède, Royaume-Uni, Vanuatu, Parlement européen, Conseil nordique 3, et Union interparlementaire. D’ailleurs, le site de l’ONG propose un suivi chronologique des avancées étatiques et supra-étatiques sur la question.

1 – Ancien secrétaire général du Commonwealth et auteur de Our Country, the Planet. Son parcours est en réalité plus fourni, comme le souligne Source Watch : co-président de la Commission sur le gouvernance mondiale, président de l’UICN, président du comité consultatif international du programme LEAD (Leadership in Environmental and Development) de la Rockefeller Foundation, conseiller spécial (en 1991) auprès  du secrétaire général de la Conférence sur l’Environnement et le Développement des Nations unies (UNCED), membre de la Commission Brundtland sur le développement durable, délégué d’Earth Charter International, lauréat du prix Indira Gandhi pour la Paix, et « ami » de l’International Institute for Sustainable Development. Ces « amis » comptent également Gro Harlem Brundtland du rapport du même nom. L’Institut a compté parmi ses « fellows distingués » Maurice Strong et Jim MacNeill, ancien secrétaire général de la Commission Brundtland et ami de Maurice Strong depuis la Conférence de Stockholm de 1972 (cf. l’autobiographie de Strong, Where on Earth are we Going ?, format Kindle, emp. 4344.).

2 – Pour la France, un communiqué de Stop Ecocide du 24/08/2021 a rapporté que le droit français a intégré l’écocide à ses dispositions à deux titres, dans la Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets : l’écocide est un délit au regard de l’article 231-3, et le gouvernement est obligé, selon l’article 296 de la nouvelle loi, de fournir sous un an un rapport au Parlement sur « son action en faveur de la reconnaissance de l’écocide comme d’un crime qui peut être jugé par les cours criminelles internationales ».

3 – Sis au Danemark, le Conseil nordique est un forum de coopération pour les institutions parlementaires des pays nordiques. Il se compose de huit membres : Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Suède, Îles Féroé, Groenland et Åland.

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Écocide — Troisième partie : End Ecocide on Earth https://davocratie.com/2023/07/20/ecocide-troisieme-partie-end-ecocide-on-earth/ https://davocratie.com/2023/07/20/ecocide-troisieme-partie-end-ecocide-on-earth/#respond Thu, 20 Jul 2023 12:14:36 +0000 https://davocratie.com/2023/07/20/ecocide-deuxieme-partie-larme-juridique-2/ L’écocide venant avec son florilège de contraintes difficiles à imaginer, cet article en dix parties vous en apprendra les origines, les acteurs et les véritables objectifs. Troisième partie.

Toute guerre cognitive se condamne à la catégorie amateur si les ONG en sont absentes. L’écocide l’illustre particulièrement. Dans le présent article, nous présenterons End Ecocide on Earth et sa fondatrice, l’influente Valérie Cabanes. Histoire de souligner une fois de plus que derrière les actions, une personne (et son équipe) et une structure, se déploient d’immenses réseaux.

L’influente Valérie Cabanes

End Ecocide nous concerne au premier rang en raison de son origine française. De son nom complet End Ecocide on Earth, elle fut créée par Valérie Cabanes, qui a décidé depuis 2022 de se mettre en retrait. Raison majeure évoquée : les avancées significatives pour faire reconnaître l’écocide. End Ecocide est associée aux ONG Stop Ecocide, End Ecocide Sweden et Earth Advocacy Youth. Un article du Monde republié sur le site de Cabanes précise notamment qu’enfant de parents divorcés, Cabanes « reste avec son père, qui organise en précurseur des rencontres New Age ». Cabanes se trouve à l’origine de nombreuses initiatives, dont Notre Affaire à Tous (voir notre article précédent). En 2015, elle avait travaillé sur une proposition d’amendements au Statut de la Cour pénale internationale portant sur le crime d’écocide. Cabanes précise avoir dans ce cadre « co-organisé deux tribunaux citoyens, l’un portant sur les droits de la nature durant la COP21 avec NatureRights et la Global Alliance for the Rights of Nature, l’autre sur les activités de Monsanto à la Haye en octobre 2016 avec The Monsanto Tribunal Foundation ». La même année, Cabanes avait participé à la rédaction du projet de Déclaration universelle des droits de l’humanité.

Mais son pedigree est bien plus conséquent. Comme presque tous les profils que nous présentons sur Davocratie, Valérie Cabanes dispose ou a disposé de casquettes multiples. La première à retenir est son rôle de conseil auprès des Nations unies, dans le cadre du programme Harmony with Nature de l’agence – où Cabanes promouvait en 2016 notamment la Charte de la Terre. Lancé en 2009, Harmony with Nature promeut une nouvelle relation entre la Terre et l’humanité, qui ne soit plus anthropocentrique. Il s’agit notamment, est-il précisé, de « reconnaître les droits de la nature dans le contexte de la promotion du développement durable ». Année après année, elle intègre de nouvelles résolutions et de nouveaux rapports. À finalité universaliste – ou mondialiste selon l’angle adopté –, Harmony with Nature est un outil de promotion de l’Agenda 2030 :

Ces programmes soutiennent le travail des Nations unies en touchant une audience plus large, avec l’objectif commun de faire progresser l’implémentation des Objectifs de développement durable, en harmonie avec la nature [in Harmony with Nature].

Tout aussi notable est sa place de membre du Comité directeur de Global Alliance for the Rights of nature (GARN), une ONG fondée et soutenue par de nombreuses organisations environnementalistes. Ce comité directeur comprend en outre Nnimmo Bassey, ancien président de Friends of the Earth International 1; Bassey est également directeur du Global Greengrants Fund 2 en plus de faire partie du réseau d’End Ecocide. On trouve au bureau consultatif Alicia Jimenez, directrice de programmes auprès du secrétariat d’Earth Charter International, dont elle est membre depuis 2006 et supervise les travaux en Amérique latine, en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie Pacifique ; on y trouve aussi Liz Hosken, fondatrice de la Gaia Foundation et fellow de la Findhorn Foundation. Globalement inconnue en France, la Findhorn a son importance pour notre propos. L’une de ses fondatrices, Eileen Caddy, fut nommée membre de l’Ordre de l’Empire britannique en 2004 pour son « travail sur la recherche spirituelle ». Son mari Peter Caddy, autre co-fondateur de la Findhorn, avait servi dans la Royal Air Force. Il était en outre proche du Théosophe Robert Ogilvie Crombie, et par ailleurs ésotériste rosicrucien membre de la Rosicrucian Order Crotona Fellowship, fondée par le Wiccan George Alexander Sullivan. Alice Bailey, cofondatrice du Lucis Trust et ancienne membre de la Société théosophique d’Helena Blavatsky, fit partie de cette fellowship et fut une « mentor spirituelle » de Peter Caddy. Nous reparlerons de cet articulation entre l’ésotérisme et le New Age dans des articles ultérieurs.

En outre, militantisme juridique oblige, Valérie Cabanes a cofondé l’école de droit Wild & Legal, qui forme « à la doctrine des droits de la nature ». Le programme a été cofondé avec notamment William Bourdon (fondateur de Sherpa, une figure de proue des réseaux Soros en France), Valérie Cabanes et Marine Calmet. Cette dernière se présente comme une experte auprès de la Convention citoyenne pour le climat, au sein de laquelle nous comprenons qu’elle s’est montrée active pour tenter de faire reconnaître l’écocide.

Les autres responsabilités de Valérie Cabanes ne sont pas moins importantes : marraine de l’ONG Initiatives pour le désarmement nucléaire IDN France (financée par la sorosienne Fondation Charles Léopold Mayer, dont le président d’honneur est Pierre Calame, l’un des membres initiaux de la commission de l’Earth Charter) ; membre du comité scientifique de la Fondation Zoein (Suisse), active en faveur d’un revenu de transition écologique (RTE) ; membre du comité de la revue La pensée écologique, dont le directeur de la rédaction, Dominique Bourg, est l’ancien président du Conseil scientifique de la Fondation pour la Nature et l’Homme (2016-2019) de Nicolas Hulot 3.

Le « réseau » d’End Ecocide

Ce réseau que présente le site de l’ONG se compose en réalité de personnalités diverses. Leur cartographie révèle en réalité de puissants soutiens et leviers d’influence. L’Indienne Vandana Shiva est à juste titre la première d’entre elles. Elle a en effet exercé des responsabilités dans une trentaine d’organisations. Par exemple, membre du comité exécutif de la GARN, messagère de 350.org (alliée au Climate Reality Project d’Al Gore, membre du directoire de Davos), etc. Auprès de Barbara Ward (membre de la Société fabienne et instigatrice de l’idée de développement durable avec son livre Spaceship Earth en 1966) et de Wangari Maathai (Green Cross International, membre de la commission initiale d’Earth Charter International, bureau consultatif international du Jane Goodall Institute…), Shiva participa aux rencontres Sacred Earth Gathering – Wisdom Keepers de la Fondation Manitou du couple Maurice & Hanne Strong. Elle est en outre membre du World Future Council – où l’on trouve la néo-malthusienne radicale Jane Goodall comme conseillère honoraire.

Sans disposer d’un CV aussi impressionnant, les autres membres du réseau d’End Ecocide sont également des soutiens de poids. Nous mentionnerons ceux qui nous paraissent les plus importants. Ainsi de Kumi Naidoo, ancien directeur exécutif de Greenpeace International. Au-delà de son apparence extra-occidentale, Naidoo est en réalité un boursier Rhodes. Dans Histoire secrète de l’oligarchie anglo-américaine (abondamment sourcée), l’universitaire et mentor de Bill Clinton, Carroll Quigley, rappelle ce que sont ces bourses, attribuées sur des qualités intellectuelles des prétendants mais aussi sur leur alignement sur les positions mondialistes chères à leur fondateur. Elles permettent d’étudier gratuitement pendant une durée d’un à trois ans à l’université d’Oxford, en Angleterre. Si Quigley écrivit son livre en 1949, l’état d’esprit qui règne au sein des bourses Rhodes semble perdurer. Nous retiendrons quatre boursiers Rhodes : Wesley Clark, commandant en chef des forces de l’OTAN entre 1997 et 2011 ; Bill Clinton, ancien président des États-Unis ; James Woolsey, directeur de la CIA de 1993 à 1995 ; Mike O’Sullivan, membre du bureau de la Jane Goodall Legacy Foundation.

Quant aux quelques autres : La styliste médiatique Vivienne Westwood ; Polly Higgins, cofondatrice de Stop Ecocide et décédée en 2019. En 2010, cette juriste britannique avait soumis aux Nations unies une requête demandant d’intégrer l’écocide parmi les crimes contre l’humanité, au sein de la Déclaration de Rome ; Niko Paech, un économiste allemand et ancien représentant de l’Agenda 21 à Oldenburg ; Sandor Fulop, membre du World Future Council et président de l’Environmental Management and Law Association, une ONG hongroise financée notamment par la Commission européenne et la Central European Initiative 4, mais aussi par des ONG comme DemNet 5; Jan van de Venis, expert comme Cabanes auprès du programme Harmony with Nature des Nations unies, membre ou président du bureau de diverses ONG, et ancien conseiller juridique (octobre 2004 – novembre 2007) pour Greenpeace International. Il préside également l’ONG Stand up for your Rights 6; Wouter Veening, fellow de Forest Trends (public-privé, le privé comprenant des acteurs économiques comme des ONG) et chairman de l’Institute for Environmental Security, financé par des fonds publics et privés (UICN, Département pour le développement international britannique, etc.), et partenaire d’organisations environnementales publiques comme privées (WWF, University for Peace liée à l’Earth Charter, PNUE des Nations unies, ministère de l’Écologie et du développement durable français, etc.). Cet institut comprend par ailleurs des personnalités qui occupent ou ont occupé des postes d’influence dans les plus hautes instances internationales…

Malgré tout, cette toile d’araignée reste bien plus restreinte que l’ONG de référence, Stop Ecocide International, objet de notre prochain article.

1 – Et ancien directeur exécutif (1993 – 2013) de sa branche nigériane, Environmental Rights Action.

2 – Une ancienne archive (2010) trouvée par la Wayback Machine rapporte de nombreux donateurs dont le Rockefeller Brothers Fund. Aujourd’hui, les bailleurs de fonds restent nombreux. Parmi les fondations, on notera par exemple : Ford Foundation, Charles Stewart Mott Foundation, Gordon and Betty Moore Foundation, Open Society Foundations (George Soros), David and Lucile Packard Foundation, etc.

3 – Le comité scientifique de La pensée écologique a pour secrétaire de rédaction Caroline Lejeune, membre comme Cabanes du comité scientifique de la Fondation Zoein et co-directrice de son chapitre français.

4 – La Central European Initiative définit sa « mission centrale » comme visant à « travailler vers l’intégration européenne et le développement durable grâce à la coopération régionale ». Elle se compose de 17 États-membres d’Europe centrale, orientale et sud-orientale..

5 – Elle-même paravent d’autres organisations qui la financent : Open Society Foundations, EEA Grants (là aussi en cheville avec les réseaux Soros notamment sur la question migratoire, anciennement présidée par le nouveau premier ministre de Norvège, Jonas Gahr Støre), Guerrilla Foundation (créée par Antonis Schwarz, fondateur de la grecque Vouliwatch soutenue notamment par Transparency International et le WWF ; Guerrilla Foundation est membre entre autres de l’EDGE, feuille de vigne des réseaux Soros dont fait également partie la Fondation Charles Léopold Meyer), CIVICUS (Kumi Naidoo)…

6 – Sur les cinq membres de son conseil consultatif, l’ONG comprend trois anciens cadres de Greenpeace dont un ancien cadre d’Amnesty International et un ancien membre du conseil consultatif aux Affaires internationales du gouvernement néerlandais.

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Écocide — Deuxième partie : l’arme juridique https://davocratie.com/2023/07/18/ecocide-deuxieme-partie-larme-juridique/ https://davocratie.com/2023/07/18/ecocide-deuxieme-partie-larme-juridique/#respond Tue, 18 Jul 2023 05:36:15 +0000 https://davocratie.com/2023/07/16/passcarbone-premiere-partie-lunion-europeenne-2-2/ L’écocide venant avec son florilège de contraintes difficiles à imaginer, cet article en dix parties vous en apprendra les origines, les acteurs et les véritables objectifs. Deuxième partie.

L’écocide fera-t-il partie de notre droit national ? L’échec de la Convention citoyenne pour le Climat, qui en avait fait la demande, n’a fait que retarder l’échéance. Le 28 mars 2023 a marqué une date décisive. Ce jour, le Parlement européen a entériné la protection de l’environnement par le droit pénal communautaire. Plusieurs jours durant avant ce vote, les réseaux de plaidoyer sur l’écocide se sont mobilisés pour une semaine mondiale d’action.

Des progrès rapides, un lobbying soutenu

L’ONG End Ecocide on Earth en rapporte les différentes étapes :

  • 20 mars : mobilisation européenne.
  • 21 mars : écocide et forêts / Journée internationale des forêts.
  • 22 mars : écocide et eau / Journée internationale de l’eau.
  • 23 mars : écocide et défenseurs de l’environnement.
  • 24 mars : actions coordonnées dans les capitales européennes.
  • 25 mars : écocide et industries minières / grève mondiale de Fridays for Future – inspirée par Greta Thunberg et dont l’une des principales organisatrices est Luisa Marie Neubauer, ambassadrice jeunesse chez ONE, l’ONG fondée par le davocrate Bono et le Young Global Leader de Davos Jamie Drummond.

Comme le rapporte Euractiv, la prise de position du Parlement européen de fin mars comprend « une définition de l’écocide assortie de sanctions plus sévères ». Ainsi, plus d’un demi-siècle après l’apparition de ce concept, le lobbying en sa faveur a connu un tournant décisif, avec plus particulièrement le plaidoyer de l’eurodéputée EELV Marie Toussaint et de l’alliance parlementaire internationale qu’elle a fondée en octobre 2020, Ecocide Alliance. À peine un mois plus tard, des parlementaires suédois ont missionné un groupe international de juristes chargé de produire une définition juridique de l’écocide. On y trouvait notamment Valérie Cabanes, avec laquelle Toussaint collabore depuis 2012 au sein d’End Ecocide on Earth, ONG de Cabanes.

Si Toussaint vous est inconnue, une ONG qu’elle a cofondée ne l’est pas. En effet, Notre Affaire à Tous, qu’elle a cofondée avec Valérie Cabanes, a connu son heure de gloire. Créée en amont de la COP21, elle fut à l’origine de l’Affaire du Siècle, en collaboration avec Greenpeace France, OXFAM France et la Fondation pour la Nature et l’Homme (i. e. la Fondation Nicolas Hulot, ex-Fondation Ushuaïa). L’Affaire du siècle est une action en justice contre l’État français devant le tribunal administratif de Paris, pour sa supposée « inaction face aux changements climatiques ». Cette opération a mobilisé, selon la coalition, plus de 2,3 millions de personnes et a débouché sur une condamnation effective de l’État par les tribunaux.

Si les ONG de la galaxie écocide feront l’objet d’autres articles de notre dossier, précisons qu’elles ont constitué le centre névralgique de la reconnaissance européenne de l’écocide. Comme l’a souligné Marie Toussaint, les activistes et juristes ont joué un rôle prépondérant dans cette avancée. Rapidement, le groupe international missionné pour définir juridiquement l’écocide a formulé sa proposition, publiée le 22 juin 2021 par Stop Ecocide Foundation, émanation de l’ONG Stop Ecocide International (elle-même partenaire stratégique de l’Ecocide Alliance de Marie Toussaint). Le rapport du Parlement européen et du Conseil sur la directive défendue par Marie Toussaint précise, par le biais de la rapporteure écologiste Caroline Roose, que c’est bien cette définition de l’écocide qui est utilisée (voir section « AVIS DE LA COMMISSION DU DÉVELOPPEMENT (7.12.2022) »).

Définition de l’écocide

Traduction:

  1. Aux fins du présent texte, « écocide » s’entend comme tout acte illégal ou gratuit commis tout en sachant qu’il existe une forte probabilité de dommages graves et massifs ou à long-terme à l’encontre de l’environnement en raison de ces actes.
  2. Aux fins du paragraphe 1 :
    1. « Gratuit » s’entend comme le mépris inconsidéré pour des dommages incontestablement excessifs au regard des bénéfices socio-économiques attendus.
    2. « Grave » a pour sens un dommage qui entraîne des changements, une perturbation ou un préjudice particulièrement graves envers tout élément constitutif de l’environnement, notamment de graves impacts sur la vie humaine ou sur les ressources naturelles, culturelles ou économiques.
    3. « Massifs » désigne des dégâts qui s’étendent au-delà d’une zone géographique limitée, traversant les frontières d’un État, ou étant subis par l’intégralité d’un écosystème, d’espèces, ou par un grand nombre d’êtres humains.
    4. « À long-terme » signifie que le dommage causé est irréversible ou ne peut être naturellement réparé dans un délai raisonnable.
    5. « Environnement » qualifie la Terre, ses biosphère, cryosphère, lithosphère, hydrosphère et atmosphère, ainsi que l’espace extra-atmosphérique.
Projet de résolution législative du Parlement européen

Côté Parlement européen, le texte proposé initialement par la Commission (Amendement 20, proposition de directive, Considérant 16) mentionnait initialement des infractions dont la gravité les rend comparables à un écocide. L’amendement au Considérant 16 du projet de résolution législative du Parlement européen, soumis le 28 mars 2023, va bien plus loin. Il précise qu’une infraction « commise dans une zone protégée, telle qu’une zone relevant de Natura 2000, ou dans une zone où ladite infraction est susceptible d’avoir des effets significatifs compte tenu des objectifs de conservation du site protégé, il devrait s’agir de circonstances aggravantes. Lorsqu’une infraction pénale environnementale cause des dommages graves et étendus, ou graves et durables, ou graves et irréversibles à la qualité de l’air, à la qualité du sol ou à la qualité de l’eau, ou à la biodiversité, aux services et fonctions écosystémiques, ou à la faune ou à la flore, cette infraction devrait être considérée comme un crime d’une gravité particulière et sanctionnée en tant que tel conformément aux systèmes juridiques des États membres, couvrant l’écocide, dont les Nations unies sont actuellement en train d’élaborer une définition internationale officielle » (souligné par nous).

L’Union européenne annonce d’ailleurs clairement son simple rôle de courroie de transmission des Nations unies. Dans l’exposé des motifs, il est disposé qu’il importera de mettre en avant les « travaux actifs » de l’Agence, afin de « renforcer le cadre juridique à l’aide d’une définition de l’écocide ». À nouveau, les émetteurs de l’Agenda 2030 disposeront donc d’un blanc-seing. Déjà mentionnée, la rapporteure Roose a demandé que l’UE défende la requête d’une compétence de la Cour pénale internationale pour juger de ce « crime », et que les États membres comme l’UE reconnaissent également l’écocide. Comme nous le verrons dans un autre article, plusieurs organisations travaillent depuis plusieurs années sur une proposition d’amendements au Statut de Rome de la Cour pénale internationale portant sur le crime d’écocide. Il s’agirait donc de donner compétence à la Cour pour juger d’un cinquième crime, les quatre premiers étant le génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et le crime d’agression (voir p.4, Article 5 : Crimes relevant de la compétence de la Cour).

L’amendement 17 (proposition de directive, Considérant 14) dispose quant à lui que les sanctions à appliquer doivent être prévues « conformément aux systèmes nationaux ». Les États membres devront tenir compte « des avantages financiers tirés de la commission de l’infraction » – une belle tartufferie au regard des dégâts environnementaux pour la « transition énergétique » promue par la même UE. L’étau de l’Agenda 2030 est amené à se resserrer davantage sur les entreprises, qui devront implémenter de nouveaux mécanismes de diligence pour respecter les normes environnementales (amendement 19, proposition de directive, considérant 15 bis (nouveau)). Enfin, de lourdes amendes et des peines de prison, déjà proposées dans la version antérieure du texte, sont prévues pour les contrevenants physiques comme moraux. Les eurodéputés de la commission JURI avaient d’ailleurs voté, quelques jours auparavant (21 mars), en faveur de sanctions renforcées dans le cadre de crimes environnementaux. Cette prise de position n’était par ailleurs déjà qu’un écho d’un consensus croissant sur la reconnaissance de l’écocide. La branche française de l’ONG de référence Stop Ecocide rapportait ainsi qu’en février 2023, quatre des cinq commissions du Parlement européen avaient soutenu l’inclusion de l’écocide dans la directive sur les crimes environnementaux (datée de 2008, révisée en 2021) : ENVI (Environnement), DEVE (Développement), PETI (Pétitions) et LIBE (Liberté civile, Justice et Affaires intérieures). Ne manquait plus que JURI.

Sitôt voté, sitôt dévoyé

L’affaire législative n’est pas encore définitivement conclue. La proposition législative du Parlement doit être adoptée lors des trilogues, i. e. les négociations interinstitutionnelles européennes portant sur ce texte, où se réunissent de manière informelle des représentants du Parlement européen, du Conseil de l’Union européenne, et de la Commission européenne.

L’appétit venant en mangeant, Marie Toussaint a cependant sauté sur l’occasion pour tenter de faire accuser la Russie d’écocide, dans un débat à Strasbourg du 13 juin 2023. Il s’agissait des « Conséquences humanitaires et environnementales de la destruction du barrage de Nova Kakhovka – Reconstruction durable et intégration de l’Ukraine dans la communauté euro-atlantique ». Toussaint, en écho aux accusations d’écocide émises en avril par l’Ukraine (et reprises par la presse occidentale), déclarait que « l’attaque sur le barrage de Kakhovka a causé un écocide. L’enquête ukrainienne s’est d’ailleurs ouverte sur la base de l’article 441 du code pénal ukrainien instituant l’écocide. […] Volodymyr Zelensky nous demande depuis des mois de reconnaître le crime d’écocide, afin de faciliter le jugement des crimes commis par Vladimir Poutine en Ukraine. Or le silence règne. Pourquoi ? »

À méditer

Néanmoins, l’arme de l’écocide est à double tranchant et donc à retourner contre l’envoyeur. Après tout, le passage à une économie décarbonée nécessite l’extraction de minerais qui massacrent des écosystèmes entiers. Les juristes, responsables politiques et écologistes sincères ont de ce fait les bases légales nécessaires pour s’en saisir et mener une guerre juridique et cognitive à vaste échelle pour contrer cet outil que le Great Reset se fera un grand plaisir d’utiliser contre les populations et les entreprises par trop récalcitrantes à la dépossession. L’association Préservons notre montagne a par exemple récemment emboîté le pas au lobbying européen pour s’opposer à un projet de parc éolien de l’entreprise VSB dans des forêts de crête de la Montagne Noire, dans le département de l’Aude. De même, la définition de l’écocide portant sur des atteintes graves à la santé, diverses expérimentations sanitaires, notamment récentes et menées sur les populations, semblent entrer dans cette catégorisation (point 2.b). De quoi en fin de compte séparer le bon grain de l’ivraie et mettre en lumière ce dont l’écocide sera le nom.

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Pass carbone — Sixième partie : WWF et Wilderness https://davocratie.com/2023/05/25/pass-carbone-sixieme-partie-wwf-et-wilderness/ https://davocratie.com/2023/05/25/pass-carbone-sixieme-partie-wwf-et-wilderness/#respond Thu, 25 May 2023 10:40:23 +0000 https://davocratie.com/2023/05/23/pass-carbone-cinquieme-partie-wwf-et-transition-ecologique-2/ Alors que Davos prépare les peuples à l’adoption du pass carbone, il nous a cru bon d’en révéler les origines et enjeux dans un article en huit parties, voici la sixième.

Dans la feuille de route préconisée par le WWF, il est question notamment des services rendus à l’Homme par la nature, tels que le stockage du carbone. En effet, selon le Grand Narratif, la nature aiderait à atteindre la « neutralité carbone ». Souvent invoqué, ce terme implique un équilibre entre le CO2 émis (par l’humanité et ses activités) et le CO2 absorbé par la nature (océans, forêts…) et par des moyens technologiques. De belles opportunités pour les acteurs financiers verts et bleus (marins). La fortune d’un alarmiste comme Al Gore (membre du directoire de Davos et de la société financière verte Generation Investment Management) a ainsi bondi pour atteindre désormais plusieurs centaines de millions de dollars.

Protéger et restaurer les écosystèmes naturels

Ce troisième axe tombe comme un cheveu sur la soupe. Il est pourtant lourd d’implications et constitue le champ qui porte le nom de Wilderness – bien que non précisé comme tel par le WWF. Traduisible en français par « nature sauvage », cette philosophie originaire des États-Unis se traduit en pratique par le souci d’une conservation intégrale de l’environnement. Comme nous l’exposerons dans une autre série d’articles, cette thématique a rapidement basculé officiellement dans l’ « écoconvergence », selon la formule de l’omniprésent Maurice Strong, à savoir une convergence de l’économie et de l’écologie. Avec la première qui serait, c’est entendu, au service de la seconde. Dans les faits, il s’agit d’ouvrir des marchés (aujourd’hui financiers) justifiés par la conservation-restauration d’une part, et d’accentuer contrainte et interdictions en tous genres pour préserver la nature d’autre part. Un éco-business.

Le WWF s’inscrit dans cette approche et demande par exemple le développement d’aires protégées, avec des engagements pris depuis au cours de la COP15 sur la biodiversité – notamment par la Commission européenne. Plusieurs zones, souligne l’ONG, doivent bénéficier de « protections fortes ». Pour les océans par exemple, il est question d’étendre les aires marines protégées, de planifier l’espace maritime, ou encore de régenter – entre autres – la pêche de loisirs. Comme toujours, le WWF se fait le VRP de l’Agenda 2030, avec en particulier l’invocation de la « décennie de la restauration des systèmes » (2021-2030) initiée par l’ONU. L’ONG demande notamment le stockage du carbone et le renforcement des aides à la reforestation. Jamais mieux servi que par lui-même, le WWF s’appuie sur l’un de ses rapports co-élaboré en 2020 avec d’autres ONG, Forêts françaises en crise – Analyse et propositions des ONG de conservation de la nature.

Ce rapport préconise notamment des outils financiers, tels qu’une « adaptation de la fiscalité et des subventions pour répondre aux enjeux de la crise » ou la création de « mécanismes financiers de Paiement pour services écologiques (P.S.E.) en forêt ». Ces mécanismes seraient ensuite étendus aux autres services comme la biodiversité. Et au détour d’une phrase, la révélation du projet collectiviste de la davocratie :

Biodiversité, services et fonctions sociales impliquent une responsabilité dépassant le droit de propriété.

Forêts françaises en crise – Analyse et propositions des ONG de conservation de la nature (page 15)

Il s’agit notamment de revendiquer un accaparement au nom de l’agenda climatique. Par exemple : « les enjeux de la fonction écologique des forêts comprennent la protection de la biodiversité et la naturalité […], facteur de résilience au changement climatique ». Mais c’est ensuite qu’est involontairement admis l’enjeu financier réel que sert le WWF :

La valeur relative attribuée par la société à ces services non-marchands va vraisemblablement augmenter sensiblement du fait des changements climatiques, en particulier les services liés à la ressource en eau (qualitatifs et quantitatifs) et à la fixation du carbone par les arbres en forêt

Forêts françaises en crise – Analyse et propositions des ONG de conservation de la nature (page 16)

Soit une valeur croissante du carbone sur les marchés financiers et l’eau comme enjeu central de l’avenir. Nous dépassons ici les simples crédits carbone, moyen par lequel des entreprises pourraient « compenser » leurs émissions par des investissements dans des projets environnementaux. En effet, le WWF suggère d’aller vers un paiement des services écologiques, de rémunérer les services fournis par les forêts et de s’appuyer sur des « solutions fondées par la nature », une formule choyée par la davocratie. À l’instar du nature-based lobbying, il convient de savoir que ce type de solutions est largement financé par des acteurs privés et leurs incubateurs, à l’image de la plateforme UpLink du Forum de Davos.

En somme, ce passe climatique censé ne pas s’appliquer aux citoyens se traduit en pratique par un flicage de domaines majeurs de la vie publique comme privée. Il constitue une jonction officieuse avec le passe carbone sous d’autres aspects, mais tend toujours vers le même but : la réalisation, coûte que coûte, de l’Agenda 2030.

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Pass carbone — Cinquième partie : WWF et transition écologique https://davocratie.com/2023/05/23/pass-carbone-cinquieme-partie-wwf-et-transition-ecologique/ https://davocratie.com/2023/05/23/pass-carbone-cinquieme-partie-wwf-et-transition-ecologique/#respond Tue, 23 May 2023 06:19:39 +0000 https://davocratie.com/2023/05/20/passcarbone-quatrieme-partie-wwf-et-biodiversite-2/ Alors que Davos prépare les peuples à l’adoption du pass carbone, il nous a cru bon d’en révéler les origines et enjeux dans un article en huit parties, voici la cinquième.

Dans le deuxième axe de sa feuille de route pour un passe climatique en France, le WWF demande à « accélérer la transition écologique dans les secteurs clefs ». Ces secteurs, déjà précisés dans notre article précédent, sont l’agroalimentaire, la mobilité et l’énergie.

Agroalimentaire

Au sujet du premier, le narratif du WWF est bien évidemment celui de Davos et de Jancovici : les émissions de CO2 sont l’ennemi, il convient donc d’agir pour les réduire. Dès le départ, la promesse d’un passe ne s’appliquant pas aux citoyens est à nouveau démenti, puisque ces derniers seront les premiers impactés. L’ONG demande en effet à réduire la production et la consommation de produits animaux car cette dernière ferait du mal au climat. La duplicité du WWF est une fois de plus manifeste, puisqu’à aucun moment l’organisation ne rappelle que les émissions de CO2 sont presque exclusivement (97% environ) d’origine naturelle, ni d’autres faits tels que l’utilité du CO2 pour la photosynthèse (en d’autres termes que le CO2 est tout simplement la vie), ou encore sa proportion dans l’atmosphère : 0,04% seulement.

Duplicité encore lorsque le WWF précise – certes à raison – que notre régime alimentaire contemporaine impacte notre santé. Car d’un autre côté, le WWF a noué un partenariat avec le triumvirat Cargill, McDonald’s et Walmart Foundation en septembre 2020, pour 6 millions de dollars. Objectif : améliorer les pâturages des Grandes Plaines du Nord des États-Unis. Le WWF a d’ailleurs ouvert ses colonnes pour de l’autopromotion au vice-président à la durabilité de McDo, où celui-ci explique pourquoi l’entreprise jouerait « un rôle de premier plan dans l’avancement de la durabilité ».

Pied-dans-la-porte, le WWF demande l’intégration de menus végétariens quotidiens dans les établissements. Si l’idée peut paraître respectable (après tout, pourquoi pas), le gradualisme typiquement fabien inhérent aux méthodes des ONG laisse entrevoir la logique sous-jacente : une culpabilisation croissante de la consommation carnée, puis l’imposition de la suppression de toute consommation animale, d’abord un jour, puis deux, etc. Depuis au moins février 2011 (et à nouveau en novembre 2019), le WWF a en effet fait la promotion des Meatless Mondays (lundi sans viande). Mais la santé est en réalité un argument bien secondaire. La branche britannique du WWF a ainsi mis en avant un jour sans consommation animale « pour réduire votre impact environnemental ». L’ONG a d’ailleurs lancé l’initiative Eat4Change à cette fin dans plusieurs pays d’Europe – dont la France – ainsi qu’en Argentine et au Brésil, avec le cofinancement du programme DEAR (Development, Education and Awareness Raising) de l’Union européenne. L’alignement sur le Great Reset est explicite :

Ce que vous mangez a de l’importance – pour vous et pour la planète – alors nous voyons grand et œuvrons pour soutenir les Objectifs de développement durable, les traités sur le changement climatique et l’intégration d’impacts d’une économie positive et du changement social.

Site de l’initiative Eat4Change, lancé par le WWF

L’intérêt secondaire que le WWF accorde à la santé se retrouve dans sa feuille de route en faveur d’un passe climatique en France. En demandant des dispositifs pour une végétalisation de l’alimentation, l’ONG précise (et souligne) son idée : « chèques pour les produits biologiques, pour les fruits et légumes, réduction des taxes pour les produits durables, augmentation pour les produits industriels et nocifs pour le climat ou la biodiversité ». Du reste, les demandes de l’ONG semblent irréaliste, avec une demande concomitante de produits peu chers mais intégralement durables dont une majorité de qualité biologique.

La suite est tout autant marquée par la duplicité. Elle porte sur la « révolution sociale » en faveur des agriculteurs. Une formule inquiétante si on se rappelle que Klaus Schwab avait annoncé que Macron porterait la « révolution sociale » en Europe. Le WWF, donc, réclame une loi contre l’accaparement foncier – cocasse de la part de promoteurs de longue date du Wilderness. Pourtant, en septembre 2019 encore, le même WWF promouvait la Global Commission for Adaptation cofondée par Bill Gates. Comme rappelé ailleurs, Gates est le premier propriétaire terrien des États-Unis, une opération réalisée grâce à son fonds Cascade Investments. Le WWF reste silencieux sur ce rachat de terres agricoles par le milliardaire – dont l’agriculture n’est en outre pas alignée sur les exigences de durabilité.

Autre pied-de-nez cynique du WWF, sa feuille de route soutient les demandes de rémunération décentes des agriculteurs. Pourtant, en novembre 2020, l’ONG a bénéficié d’une subvention de 100 millions de dollars du Bezos Earth Fund, l’homme dont le respect du droit de travail est comparable au rapport qu’entretient George Soros avec la transparence sur ses activités. WWF et Bezos Earth Fund collaborent d’ailleurs pour « investir dans des solutions pour la crise climatique ».

Mobilité

Autre secteur, même duplicité. La première cible du WWF est bien entendu la voiture, avec une volonté de limiter de manière croissante la mobilité individuelle, plus précisément de « sortir d’une mobilité centrée sur la voiture individuelle ». Mais aussi, de passer au tout-électrique pour « décarboner » intégralement le parc automobile – en passant sous silence les graves problèmes environnementaux générés par l’extraction de minerais, en particulier le lithium, nécessaires à ces voitures. Soucieuse de mettre davantage de pression sur les PME, l’ONG demande ensuite à rendre obligatoire le forfait mobilité durable pour les entreprises de plus de onze salariés et de relever son plafond. En outre, le WWF souhaite élargir le report modal par l’élargissement de la prime – publique – à la conversion à toutes les mobilités douces.

Dans le même ordre d’idées, le développement des Zones à Faibles Émissions (ZFE) serait à encourager au moyen d’une « surprime à la conversion » et d’un prêt à taux zéro. Dit autrement, il s’agit de passer à terme à des mobilités multi-modales intégralement électriques. En bon soldat de l’Agenda 2030, le WWF souhaite par ailleurs étendre le covoiturage au moyen d’une stratégie nationale et d’un fonds dédié, qui concernera également le vélo et devra atteindre 1,5 milliards d’euros annuels. Dans la même logique de fin du transport individuel, l’ONG souhaite un doublement des investissements dans le transport ferroviaire.

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Pass carbone — Quatrième partie : WWF et biodiversité https://davocratie.com/2023/05/20/passcarbone-quatrieme-partie-wwf-et-biodiversite/ https://davocratie.com/2023/05/20/passcarbone-quatrieme-partie-wwf-et-biodiversite/#respond Sat, 20 May 2023 09:07:35 +0000 https://davocratie.com/2023/05/09/passcarbone-troisieme-partie-la-caution-jancovici-2/ Alors que Davos prépare les peuples à l’adoption du pass carbone, il nous a cru bon d’en révéler les origines et enjeux dans un article en huit parties, voici la quatrième.

Campagne présidentielle 2022 : le WWF a explicitement demandé l’implémentation, par le futur président élu, d’un « passe climatique ». Il s’appliquerait aux décideurs politiques mais pas aux citoyens, promettait l’ONG. Chaque décision, à chaque échelon de la hiérarchie des normes – ainsi que les feuilles de route stratégiques – devraient être évaluées par « une institution indépendante qui déterminera, à l’aide d’indicateurs fiables, si elle contribue bel et bien à faire progresser la France vers ses objectifs de réduction d’émissions de CO2 et de protection de la biodiversité ».

Reformulé, le WWF cherche à s’assurer que la France obéisse bien à la trajectoire fixée par les ODD de l’Agenda 2030 de l’ONU (et donc, par extension, du Great Reset de Davos). Pour ce faire, l’ONG articule son plan autour de trois axes : objectifs affichés avec échéancier ad hoc, évaluation des décisions avant leur adoption, et une « vigie climatique », le fameux organisme indépendant doté de pouvoirs et de fonds renforcés. Le Haut conseil pour le climat – où siège notamment Jancovici, comme déjà mentionné dans notre troisième partie – est explicitement nommé. Le WWF affiche clairement sa volonté de contrainte :

Le passe climatique fonctionnera comme un “laisser-passer”, véritable sésame, sans lequel toute proposition politique pourra se voir rejeter.

WWF France

L’ONG veut systématiser un « réflexe climatique » et donner la possibilité aux juges « de déclarer irrecevable une décision incompatible avec les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique et de protection de la biodiversité ». Pour autant, la feuille de requêtes du WWF n’est que l’arbre qui cache la forêt. Dans son rapport dédié complet (environ 50 pages), l’organisation néo-malthusienne va bien plus loin. Ses procédés de manipulation restent comparables à ceux que l’on trouve chez des ONG telles que Greenpeace : (grand) narratif anxiogène, présentation biaisée des faits, appel aux circuits limbiques (émotions) du cerveau, appel trompeur à un « débat démocratique éclairé et apaisé ». Le WWF demande par ailleurs de s’appuyer sur des indicateurs « objectifs » tels que le Jour du Dépassement, co-élaboré avec le Global Footprint Network.

Entre autres appels trompeurs, nous lisons que le WWF défend la « participation des citoyens dans les décisions publiques ». Il s’agit ici encore d’une feuille de vigne. Rappelons que cette ONG dispose d’une capacité conséquente de mobilisation du public, qui s’est illustrée avec succès au travers de plusieurs campagnes européennes telles que #Together4Forests (plus d’un million de personnes qui ont répondu présent à l’appel du WWF) ou #ProtectWater (voir notre rapport sur l’influence des ONG pour la Fondation Identité et Démocratie).

Dans son rapport complet, le WWF met l’accent sur l’agroalimentaire, la mobilité ainsi que l’énergie, des thèmes complétés par une promotion du Wilderness, i. e. la création d’espaces « protégés », en particulier dans les DOM-TOM. Comme nous le traiterons dans une série d’articles à venir, cette approche est un enjeu de puissance majeur – ainsi que de business, avec le recto-verso (doubleplusbon, lirait-on dans le 1984 d’Orwell) conservation-restauration. Présentement, le rapport du WWF comporte trois grandes orientations.

Premier axe : mettre le climat et la biodiversité au cœur des politiques publiques et engager les parties prenantes

Le WWF se réfère au Jour du Dépassement et rappelle la condamnation de l’État pour « inaction climatique » dans le procès initié par la coalition L’Affaire du Siècle, cache-sexe du lobbying sur le concept d’écocide (via Notre affaire à tous avec une personnalité centrale comme Valérie Cabanes présidente et fondatrice de End Ecocide on Earth). Le passe climatique serait selon le WWF la meilleure solution pour s’aligner sur les objectifs du Pacte vert pour l’Europe (et son package Fit for 55, soit -55% des émissions de CO2 à horizon 2030), déclinaison communautaire de l’Agenda 2030 onusien. L’ONG présente bien entendu son passe comme une simple « évaluation environnementale » destinée à analyser l’empreinte écologique de notre pays. Le WWF entend agir au plus haut niveau : invocation d’un jugement administratif, révision du Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), intégration des objectifs dans la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) et la Stratégie nationale biodiversité (SNB), stratégies « qui devront être rendues juridiquement contraignantes avec un pilotage assuré, non plus au niveau du ministère de la Transition écologique, mais au niveau du Premier ministre ».

L’évaluation environnementale du passe serait renforcée par une « autorité administrative indépendante » (un terme qui n’abusera personne ici) exerçant un contrôle amont et aval sur les propositions législatives. Un juge pourrait ainsi bloquer des décisions contraires aux objectifs fixés par le passe climatique. Le Haut conseil pour le climat serait quant à lui renforcé dans ses attributions et indépendant « vis-à-vis du pouvoir politique ».

Mais le WWF va bien plus loin. Climat et biodiversité doivent ainsi pénétrer durablement le domaine des finances publiques, par l’adoption d’une loi de programmation pluriannuelle des financements pour la transition écologique. Le budget vert des collectivités doit être développé, « avec une obligation pour les régions, départements et grandes intercommunalités ». Le WWF renvoie ici à la méthodologie du think tank I4CE, qui est l’un de ses collaborateurs réguliers. I4CE est par ailleurs dirigé par Benoît Leguet, membre du Haut conseil pour le climat et signataire du Manifeste pour décarboner l’Europe du think tank de Jancovici, The Shift Project.

Autre versant du Grand Narratif de Davos, le WWF mentionne les pandémies et accuse les pratiques agro-alimentaires intensives et non-durables. L’ONG demande une reconversion avec un « verdissement » accru des portefeuilles publics et privés. Sans surprise, l’organisation appelle à négocier un traité international sur les pandémies, en reprenant la thèse officielle sur l’apparition du COVID et en prenant pour référence l’OMS – qui rappelons-le, est massivement financée par la Fondation Gates. Côté énergie, le WWF se montre radical et requiert la fin des subventions publiques aux projets gaziers et pétroliers (et à leurs infrastructures correspondantes) à l’étranger dès début 2023 par inscription dans la loi et modification d’un article correspondant du code des assurances.

Dans le domaine économique, le WWF veut là aussi renforcer la contrainte, en dépassant le stade actuel de la RSE et de l’ESG. Le reporting extra-financier des entreprises devra par exemple devenir contraignant pour les sociétés de plus de 250 salariés (contre plus de 500 auparavant). C’est notamment avec de telles propositions que le mensonge initial du WWF se révèle, avec un passe climatique supposé ne pas concerner les citoyens. En impactant les entreprises, le WWF touche directement et indirectement la population. Présenté tel quel, cela peut paraître abstrait, mais dans le texte, l’ONG est explicite :

Le WWF France appelle ainsi à rendre obligatoire pour les entreprises le fait de se doter d’objectifs de durabilité alignés avec les objectifs de politiques publiques tels que l’Accord de Paris, la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), la Stratégie Nationale pour la Biodiversité (SNB), la Convention sur la diversité biologique, etc. Ces objectifs devront être spécifiques à l’entreprise, basés sur des fondements scientifiques, mesurables, avec une échéance claire et être adossés à un plan de transition. Il existe déjà plusieurs initiatives pour accompagner les entreprises dans la définition d’objectifs telles que l’initiative Climate Science-Based Target (SBTi) portée par le WWF dans laquelle plus de 2000 entreprises dans le monde se sont engagées à se fixer des objectifs climatiques alignés avec la science, ou les engagements Zéro Déforestation Nette. Il s’agit désormais de passer à l’échelle, en faisant une obligation légale pour les entreprises de plus de 250 salariés. (souligné par l’ONG)

Les propositions du WWF France pour améliorer l’état écologique de la France (page 17)

Il est en outre question de prendre progressivement le contrôle de l’orientation des entreprises, en pénétrant leur gouvernance. Comment ? Par l’intégration « des experts des enjeux environnementaux dans les conseils d’administration ». Mais le plus intéressant vient ensuite, lorsqu’il s’agit de passer à une comptabilité multi-capitaux pour les entreprises, i. e. qui intègre la gestion des « capitaux naturels », un concept développé depuis plusieurs années par les tenants de l’éco-business. En dernier lieu, l’aide accordée aux entreprises devra être soumise à une éco-conditionnalité (dit autrement, les dernières exigences climatiques en date), mais aussi d’indexer l’aide de la part des institutions financières sur les objectifs climat & biodiversité. Il s’agit bien entendu d’exigences étrangères au souci de la préservation environnementale. Dans la même partie de son rapport, le WWF critique ainsi les « émissions élevées associées à l’extraction et la combustion du gaz fossile » et préconise des solutions fondées sur la nature (un autre élément de langage davosien) et les données scientifiques. Pourtant, à l’instar d’un Greenpeace, aucun mot sur le désastre environnemental des énergies dites propres et renouvelables.

Enfin, le WWF préconise d’intégrer les questions du climat et de la biodiversité dans l’éducation et la formation. De ce fait, enfants comme (futurs) décideurs politiques seront formatés sur le Grand Narratif. Soit un endoctrinement dès le plus jeune âge pour ne penser l’écologie qu’au travers des Objectifs de Développement Durable. Pour les hauts fonctionnaires, il est d’ailleurs demandé que la formation aux enjeux climatiques soit continue et obligatoire. Un pied-dans-la-porte de plus pour permettre au WWF et à sa galaxie de distiller l’idéologie davocrate au plus haut-niveau.

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