Écocide — Huitième partie : les neuf limites planétaires
Écocide — Huitième partie : les neuf limites planétaires

Écocide — Huitième partie : les neuf limites planétaires

L’écocide venant avec son florilège de contraintes difficiles à imaginer, cet article en dix parties vous en apprendra les origines, les acteurs et les véritables objectifs. Huitième partie.

Des concepts à première vue distincts font en réalité système. Telle est la force de la toile d’araignée écologiste, et le vase communicant entre l’écocide et les neuf limites planétaires l’illustrent. Comme l’a rappelé le média « vert » Ideas 4 Development (ID4D), « le concept de ‘limites planétaires’ forme la base de la proposition sur l’écocide mise en avant par les membres de la Convention citoyenne pour le climat ». Dit autrement, les frontières planétaires peuvent s’appréhender – entre autres usages – comme un mètre-étalon des étapes menant à l’écocide. En janvier 2023, le site suédois de l’ONG End Ecocide avait publié un rapport en faveur d’une loi sur l’écocide, dont le titre opère une jonction explicite entre les deux concepts : « Ecocide Law for an Economy within Planetary Boundaries ». Soit à nouveau, dans la lignée de Maurice Strong, une écoconvergence.

Le 31 mai 2023, Stop Ecocide International avait pour sa part organisé un évènement mêlant les deux concepts, « Living within Planetary Boundaries : the Business Case for Ecocide Law ». Tenue au Canada, la rencontre avait été notamment sponsorisée par le Green Party et le Nouveau Parti démocratique (la gauche sociale-démocrate canadienne). Concernant celui-ci, le Canadian Patriot confirme ce que l’on peut d’emblée supposer, à savoir ses liens étroits avec le socialisme fabien :

Au cours de ce siècle, la LSE a conditionné des dizaines de chefs d’état, des dizaines de milliers de fonctionnaires et plusieurs générations d’universitaires. Au Canada, ce processus fut répliqué en 1931 lorsque la  Fabian society du Canada  fut créée par cinq boursiers de la Fondation Rhodes et nommée League of Social Reconstruction (Ligue pour la reconstruction sociale). Il déboucha rapidement sur un parti politique pro-eugéniste appelé Cooperative Commonwealth Federation (Fédération coopérative du Commonwealth) en 1932 qui se transforma en NPD en 1961.

Comme dans l’ensemble des meetings de ce type, les intervenants incarnent l’écoconvergence. Outre une représentante de Stop Ecocide Canada ont figuré une juriste en droits de l’Homme, un manager de l’International Corporate Governance Network (ICGN – aux très nombreux membres dont BlackRock, Goldman Sachs, JP Morgan, Vanguard…) et le fondateur d’EcoAdvisors et d’EcoInvestors Capital.

Johan Rockström et les limites planétaires

Le concept a été introduit dans un article de Nature daté de 2009, dirigé par Johan Rockström, du Stockholm Resilience Centre (SRC) de l’Université de Stockholm. Ce centre a été fondé par Rockström et Carl Folke. Le CV de ce dernier est notable (comme conseiller auprès des Nations unies par exemple), mais nous nous arrêterons sur Johan Rockström. Ce Suédois dirige actuellement le Potsdam Institute for Climate Impact Research. Il a été directeur du Tällberg Forum, fondé en 1981 et dont l’objectif principal consiste à réfléchir sur et à catalyser les « besoins » de changement des sociétés au niveau mondial. En d’autres termes, il se veut une boîte à outils dans la conduite du changement. AVINA (fondée en 1994 par Stephen Schmidheiny, proche collaborateur de Maurice Strong), le Club de Rome, le Stockholm Environment Institute (lié à Maurice Strong), le Stockholm Resilience Centre, la Fondation Bertelsmann (cf. le livre de Pierre Hillard, La Fondation Bertelsmann et la « gouvernance mondiale »), la Dag Hammarskjöld Foundation (deuxième secrétaire général des Nations unies) ou encore la New Economics Foundation figurent parmi ses « knowledge partners ». Nous y retrouvons également la Global Alliance for Banking on Values, qui cherche officiellement à promouvoir une alternative « positive » au système financier actuel. La Fondation Rockefeller est l’un de ses partenaires. Enfin, le Tällberg Forum s’est décliné au travers de la Tällberg Foundation. Les lauréats de son Leadership Award for Principled Pragmatism rapportés par Sourcewatch méritent d’être cités et situés : Russell L. Ackoff, ancien président de l’International Society for the Systems Sciences dont fit partie Garrett Hardin ; Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies et proche de Maurice Strong ; Lord John Browne of Madingley, ancien haut responsable chez British Petroleum mais aussi membre du directoire de Goldman Sachs et de l’ONG Conservation International ; Gro Harlem Brundtland, ancienne Première ministre de Norvège, affiliée au Forum de Davos et connue pour avoir été rapporteuse du rapport Brundtland (1987) qui a consacré le concept de développement durable ; Bill & Melinda Gates au nom de leur Fondation ; Achim Steiner, directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE) et disciple revendiqué de Maurice Strong ; Jens Stoltenberg, ancien Premier ministre de Norvège, secrétaire-général de l’OTAN, affilié au Forum de Davos et participant aux réunions du Groupe de Bilderberg.

Que sont donc ces limites planétaires ? Elles sont présentées comme le seuil à ne pas dépasser afin que l’humanité continue de vivre au sein d’un écosystème sûr et se répartissent comme suit : changement climatique, érosion de la biodiversité, modification des usages des sols, pollution chimique, perturbation des cycles biochimiques de l’azote et du phosphore, acidification des océans, aérosols atmosphériques, diminution de la couche d’ozone, utilisation d’eau douce. L’article du SRC donne une représentation avec trois limites (en réalité deux, car avec des subdivisions) qu’il estimait déjà dépassées (couleur orange) lors de sa conceptualisation.

Catastrophisme et agenda (2030) néo-malthusien obligent, nous en serions aujourd’hui, selon le même SRC, à six limites planétaires dépassées :

Le glissement vers les limites du système Terre

En outre, Rockström et son équipe étendent désormais l’idée. Le 31 mai 2023 (jour de l’évènement organisé par Stop Ecocide vu supra), toujours dans Nature, ces derniers ont publié un article intitulé « Safe and just Earth system boundaries ». Son abstract disait ceci :

La stabilité et la résilience du système terrestre et le bien-être humain sont inséparablement liés, mais leurs interdépendances sont généralement sous-estimées. Par conséquent, ils sont souvent traités indépendamment. Ici, nous utilisons la modélisation et l’évaluation de la littérature pour quantifier les limites sûres et justes du système terrestre (ESB) pour le climat, la biosphère, les cycles de l’eau et des nutriments, et les aérosols à l’échelle mondiale et inframondiale. Nous proposons des ESB pour maintenir la résilience et la stabilité du système terrestre (ESB sûrs) et minimiser l’exposition aux dommages significatifs causés aux humains par les changements du système terrestre (une condition nécessaire mais non suffisante pour la justice). La plus stricte des limites de sécurité ou juste définit le coffre-fort intégré et juste ESB. Nos résultats montrent que les considérations de justice limitent davantage les ESB intégrés que les considérations de sécurité pour le climat et la charge d’aérosols. Sept des huit ESB sûrs et justes quantifiés à l’échelle mondiale et au moins deux ESB régionaux sûrs et juste dans plus de la moitié de la superficie terrestre mondiale sont déjà dépassés. Nous proposons que notre évaluation fournisse une base quantitative pour la sauvegarde des biens communs mondiaux pour tous les peuples, maintenant et à l’avenir.

Le plus intéressant vient ensuite, puisque Rockström & al. précisent que leur évaluation s’appuie sur le cadre (framework) des limites planétaires, mais aussi des Objectifs de développement durable de l’Agenda 2030 – successeur de l’Agenda 21, eux-mêmes principes d’action adossés à la Charte de la Terre impulsée par Maurice Strong. Les ESB ont vocation à devenir totalisantes. En effet, l’article souligne qu’afin de « protéger les générations présentes et les écosystèmes », des normes au niveau local sont définies. Sans entrer dans les détails relatifs aux quantifications, nous pourrons néanmoins noter que l’humanité ne devient plus qu’une variable égale aux autres espèces. Il s’agit en somme d’un glissement vers le bioéthisme égalitaire. La justice fait partie des ESB et ses trois éléments constitutifs comprennent la justice intergénérationnelle, la justice intragénérationnelle, mais aussi « justice interespèces et stabilité du système Terre ». Ce point, présenté en premier de la boîte à outils (Box 1 de l’article) consacrée aux critères de justice pour analyser des ESB sûrs, dispose que « la justice inter-espèces vise à protéger les humains, les autres espèces et les écosystèmes, en rejetant l’exceptionnalisme humain. Dans de nombreux domaines, la justice interspécifique pourrait être obtenue en maintenant la stabilité du système terrestre dans des ESB sûrs ». Ces trois critères sont centraux dans l’ingénierie des ESB, car ils s’intègrent, écrit l’article, au sein d’un cadre systémique plus large de justice à l’échelle de la planète et qui adopte « une approche de justice transformative multi-niveaux ». Nous pénétrons ici de plain-pied dans la Charte de la Terre. D’ailleurs, les auteurs précisent que les ESB qu’ils proposent s’appuient sur les connaissances existantes, des avis d’experts, ainsi que « sur des normes largement partagées, telles que l’Agenda 2030 ».

La douille apparaît encore plus clairement à la lecture de la section « Methods ». Les auteurs exposent que leur synthèse s’appuie sur des travaux récents comme les rapports du GIEC ou les lignes de conduite de l’OMS. Mais surtout, nous lisons que l’article découle de l’Earth Commission, une « initiative d’évaluation scientifique internationale indépendante » dont la structure parente est Future Earth, programme de recherche pluridisciplinaire qui vise à accroître les connaissances mondiales afin d’accélérer le développement durable – donc de mettre le turbo pour réaliser l’Agenda 2030.

Future Earth est dirigée par plusieurs structures, notamment de l’ONU, telles que l’UNESCO ou le PNUE, ainsi que l’Organisation météorologique mondiale (OMM, cofondatrice du GIEC). Elle dispose de financements publics et privés. Pour ces derniers, plusieurs noms interpellent pour leur rôle dans le lobby vert-bleu : Leonardo DiCaprio Foundation, European Climate Foundation, Gordon & Betty Moore Foundation, Oak Foundation, ClimateWorks Foundation, MAVA Foundation, etc. On y retrouve également la puissante Global Environment Facility (GEF, voir notre prochain article). En 2020, Future Earth a publié le rapport « Our Future on Earth 2020 ». Il fut préfacé par Gro Harlem Brundtland, davocrate notoire dont le rapport qui porte son nom, publié en 1987, servit à graver dans le marbre le concept de développement durable et à justifier la création du GIEC. Comme nos lecteurs l’auront déjà lu, la commission Brundtland avait été impulsée par Maurice Strong (qui en fit partie), lequel fut lui-même cofondateur du GIEC.

Quant à Earth Commission, l’article de Nature de mai 2023 précise qu’elle est un élément constitutif de la Global Commons Alliance, une organisation loin d’être anodine qui sera l’objet de notre prochain article.

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