Pass carbone — Deuxième partie : l’ombre de l’Earth Charter
Pass carbone — Deuxième partie : l’ombre de l’Earth Charter

Pass carbone — Deuxième partie : l’ombre de l’Earth Charter

Alors que Davos prépare les peuples à l’adoption du pass carbone, il nous a cru bon d’en révéler les origines et enjeux dans un article en huit parties, voici la deuxième.

La réflexion publique autour d’un pseudo-pass carbone individuel remonte au moins aux années 1990. Comme presque toujours en matière de néo-malthusianisme, c’est l’Angleterre qui a donné le « la », en premier lieu avec David Fleming – figure tutélaire du Green Party – et Mayer Hillman, coauteur de The Gaia Atlas for Green Economics. En août 2021, un article de Nature réactivait cette idée en lui donnant de la résonance. « Personal carbon allowances revisited » suggérait l’implémentation de tels quotas au prétexte qu’ils fourniraient un outil efficace de lutte contre le « changement climatique ». Comme dans The Great Narrative du tandem Schwab & Malleret, nous y trouvons d’ailleurs une promotion de l’intelligence artificielle comme réponse peu carbonée à l’après-COVID19. Le quota carbone mis en avant dans Nature est en outre justifié comme répondant de manière efficace à l’Agenda 2030 de l’ONU. Plusieurs méthodes d’ingénierie du consentement sont préconisées :

Mais pour générer ce consentement, le plus efficace reste d’opérer par la courroie de transmission du « gouvernement invisible » (selon la formule d’Edward Bernays dans Propaganda), à savoir la « société civile », les ONG.

Le pied-dans-la-porte de la « société civile »

En France, plusieurs collectifs et ONG réclament de manière croissante le développement des quotas individuels. Un certain « Collectif de citoyens et d’entrepreneurs », impulsé à la suite de la Convention des Entreprises pour le Climat, a par exemple publié fin mai 2022 (avec actualisation fin janvier 2023) une tribune dans Le JDD, demandant d’intégrer l’empreinte carbone individuelle à notre déclaration d’impôts. Le même collectif a fondé « 40 millions de déclarations carbone » pour que chaque foyer de France et de Navarre calcule sa propre empreinte carbone. Si ces suggestions se veulent en premier lieu incitatives, l’effet final recherché est bien de passer progressivement à la contrainte. Les éléments de langage employés sont classiques : « susciter le débat afin d’aboutir à une mesure qui combine à la fois justice sociale et environnementale ».

Mais ce qui retient surtout l’attention dans cette tribune du JDD, c’est la promotion de l’initiative « Nos Gestes Climat » – qui préconise de calculer « notre empreinte individuelle de consommation » –, cofondée par l’ADEME et l’Association Bilan Carbone. Loin d’être anodine avec un nom à la Jancovici, cette dernière constitue la face émergée d’un iceberg néo-malthusien. Son réseau de partenaires comprend en effet l’ONG Green Cross International, une sorte de version environnementaliste de la Croix-Rouge. Mais elle fut surtout pensée au Sommet de Rio et créée l’année suivante, en 1993, par Mikhail Gorbatchev, proche de Steven C. Rockefeller et cofondateur de l’Earth Charter avec Maurice Strong, le mentor de Klaus « Great Reset » Schwab. Gorbatchev et l’ancien président de Green Cross, Alexander Likhotal, partagent d’ailleurs avec le néo-malthusianisme d’avoir été membres du conseil d’Earth Charter International et membres honoraires du Club de Rome, à qui l’on doit le rapport Meadows présenté au Sommet de Stockholm (1972) organisé par Strong. En sus, le bureau honoraire de Green Cross International comprend des personnalités douteuses telles que Jane Goodall et Ted Turner, militants de la réduction démographique mondiale, et l’ONG est partenaire, entre autres, du WWF.

La coalition Compte carbone et le méconnu Pierre Calame

D’autres ONG jouent aussi le rôle d’un cheval de Troie pour « ouvrir » la société, à la manière d’un George Soros. Pour le pass carbone, la plus marquante est la coalition Compte carbone, qui représente des intérêts bien présents en arrière-plan. Compte carbone est alignée sur le narratif de BFM TV coscénarisé par une collaboratrice de Jean-Marc Jancovici, et elle promeut l’implémentation d’un compte carbone et plus particulièrement de quotas carbone individuels (QCI). L’organisation a élaboré une charte, cosignée par plusieurs personnes et organisations, parmi lesquelles un certain Côme Girschig, notamment cofondateur et ancien vice-président de l’association Jeunes Ambassadeurs pour le Climat (JAC). Au cours d’une conférence TEDx sur ce sujet, Girschig préconise qu’une agence étatique définisse annuellement un quota seuil pour rester conforme à l’Accord de Paris. Chaque Français disposerait d’un compte carbone annuel, « renfloué chaque année et débité à chaque consommation de produit carboné » : essence, téléphone, aliments. Girschig parle des consommations « évitables ». Côté aliments, il s’agirait ainsi par exemple de la viande 1.

Mais à l’instar d’un Emmanuel Macron golem de Jacques Attali et du Forum de Davos, Côme Girschig, apparaît comme le porte-voix d’un homme influent bien plus discret, Pierre Calame. Ce dernier est signataire de la charte de la coalition Compte carbone en tant que président de l’association CITEGO (Cités, Territoires, Gouvernance 2). Mais Calame est surtout le président honoraire de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme, une ONG suisse que nous avons déjà abordée dans deux articles pour son appartenance aux réseaux de George Soros. Le rôle-clé de Pierre Calame remonte toutefois à près de 25 ans déjà. Il fit en effet partie des six membres de l’équipe européenne 3 de la commission (1997-2000) qui a élaboré le texte de la Charte de la Terre – déjà traitée sur Davocratie – au sein de l’organisation Earth Charter 4, fondée par Mikhail Gorbatchev, Maurice Strong ainsi que Steven C. Rockefeller. Comme nous l’avons déjà souligné, la Charte de la Terre constitue le document la base principielle de l’Agenda de l’ONU comme du Great Reset de Davos. En 2005, un rapport d’étape de l’Earth Charter écrivit en outre que « dans une certaine mesure, la Charte de la Terre peut être célébrée comme le premier et surtout le document fondateur de la société civile mondiale ».

Or la coalition Compte carbone semble bien émaner de Calame et de son écosystème. La rubrique « ressources » du site précise en effet que Compte carbone est un projet qui découle d’un livre de Pierre Calame :

Le dossier initiateur mentionné a été entièrement écrit par Calame. Intitulé L’allocation à tous de quotas négociables pour conduire la transition énergétique, il préconise :

[…] l’allocation chaque année à chaque résident sur le territoire d’un même nombre de « points carbone » 5 correspondant à un droit d’émission de C02, enregistrés sur un « compte carbone » , ces droits pouvant faire l’objet d’une cession.

L’allocation à tous de quotas négociables pour conduire la transition énergétique

Plusieurs des éléments de langage mais aussi des exemples donnés par Calame se retrouvent d’ailleurs dans la conférence de Côme Girschig. Quant au contenu du dossier de Calame, il est conforme à ce qu’on peut en attendre : demande de rationnement de l’énergie, vente de quotas avec un marché correspondant, mise en avant de David Miliband (Société fabienne et Forum de Davos…), traçabilité carbone et autres contraintes, pouvoir de contrainte des banques qui devront évaluer la rentabilité carbone de leurs prêts et « la capacité de l’emprunteur à rembourser, par prélèvements réguliers sur son compte carbone ».

Enfin, dans la même veine, l’influence de Pierre Calame se retrouve au sein d’une autre structure alignée sur le pass carbone : l’Institut Momentum. Soutenu par la Fondation Charles Léopold Mayer, il est présidé par le très radical Yves Cochet depuis 2014. Sa directrice, Agnès Sinaï, a publié l’un de ses livres aux éditions de la Fondation Charles Léopold Mayer. Sur son site, Momentum promeut la carte carbone au travers de plusieurs publications.

En mars 2019, Yves Cochet rappelait qu’elle avait été envisagée en Grande-Bretagne par les gouvernements de Tony Blair et de Gordon Brown, deux membres de la Société fabienne. Le système est globalement le même que les quotas individuels et les propositions sont analogues à celles de Pierre Calame : « Des bourses d’échanges, régionales ou nationale, seraient mises en place pour permettre aux plus gros consommateurs d’acheter des unités supplémentaires aux plus économes, si ces derniers en ont à revendre. »

Pour résumer, les réseaux et la dynamique autour de l’Earth Charter demeurent plus actifs que jamais, passant à la phase supérieure de la philosophie néo-malthusienne de Maurice Strong (et de la famille Rockefeller) et perpétuant ainsi son héritage.

1 – Les commentaires sous la vidéo valent le détour. Florilège : « Puis l’élimination physique des gens inutiles… », « Je savais que Ted c’était devenu un sac à m… Mais a ce point là. Bien hein le pass carbone. Et les golem en redemanderont », « Ton pass carbone sans moi il est grand temps de quitter ce pays de tarer », « Scélérat », « C’est un sketch c’est pas possible d’être aussi ridicule », « Un beau futur président, un petit morveux 2.0 ».

2 – Aux très nombreux partenaires, publics pour l’essentiel.

3 – Les autres membres de l’équipe européenne sont Mikhail Gorbatchev, Ruud Lubbers (déjà mentionné dans une note précédente), Federico Mayor (lui aussi membre honoraire du Club de Rome), la Groenlandaise Henriette Rasmussen, ainsi que le rabbin Awraham Soetendrop (affilié au Forum de Davos et cofondateur de Green Cross International).

4 – En 1997, une Earth Charter Commission a été créée pour « superviser le développement du texte, analyser les objectifs du processus d’une consultation mondiale et aboutir à un accord sur un document qui fasse mondialement consensus ». Le comité d’élaboration internationale de la Charte a été présidé par Steven Rockefeller, ancien président de l’ONG Earth Charter International. Fils de l’ancien vice-président américain Nelson Rockefeller et membre de la famille du même nom, il est administrateur au Rockefeller Brothers Fund et à l’Asian Cultural Council (fondé par John D. Rockefeller III). L’influence de la famille Rockefeller sur l’Earth Charter Initiative se confirme par ailleurs au détour du guide de l’Earth Charter Initiative. Il précise (p.7) que « les subventions et les dons pour soutenir l’Earth Charter Initiative sont faits à The Philanthropic Collaborative (TPC) / Earth Charter Fund à New York City. TPC est un organisme public de bienfaisance novateur 501 (c)(3) créé par la famille Rockefeller et qui est utilisé par divers groupes ».

5 – Souligné par Calame.

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