Thierry Malleret – Davocratie https://davocratie.com Cabinets, lobbies, ONG etc. Thu, 22 Jun 2023 13:25:21 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.4 Pass carbone — Deuxième partie : l’ombre de l’Earth Charter https://davocratie.com/2023/05/06/passcarbone-deuxieme-partie-lombre-de-learth-charter/ https://davocratie.com/2023/05/06/passcarbone-deuxieme-partie-lombre-de-learth-charter/#respond Sat, 06 May 2023 09:30:15 +0000 https://davocratie.com/2023/05/03/passcarbone-deuxieme-partie-lombre-de-learth-charter-2/ Alors que Davos prépare les peuples à l’adoption du pass carbone, il nous a cru bon d’en révéler les origines et enjeux dans un article en huit parties, voici la deuxième.

La réflexion publique autour d’un pseudo-pass carbone individuel remonte au moins aux années 1990. Comme presque toujours en matière de néo-malthusianisme, c’est l’Angleterre qui a donné le « la », en premier lieu avec David Fleming – figure tutélaire du Green Party – et Mayer Hillman, coauteur de The Gaia Atlas for Green Economics. En août 2021, un article de Nature réactivait cette idée en lui donnant de la résonance. « Personal carbon allowances revisited » suggérait l’implémentation de tels quotas au prétexte qu’ils fourniraient un outil efficace de lutte contre le « changement climatique ». Comme dans The Great Narrative du tandem Schwab & Malleret, nous y trouvons d’ailleurs une promotion de l’intelligence artificielle comme réponse peu carbonée à l’après-COVID19. Le quota carbone mis en avant dans Nature est en outre justifié comme répondant de manière efficace à l’Agenda 2030 de l’ONU. Plusieurs méthodes d’ingénierie du consentement sont préconisées :

Mais pour générer ce consentement, le plus efficace reste d’opérer par la courroie de transmission du « gouvernement invisible » (selon la formule d’Edward Bernays dans Propaganda), à savoir la « société civile », les ONG.

Le pied-dans-la-porte de la « société civile »

En France, plusieurs collectifs et ONG réclament de manière croissante le développement des quotas individuels. Un certain « Collectif de citoyens et d’entrepreneurs », impulsé à la suite de la Convention des Entreprises pour le Climat, a par exemple publié fin mai 2022 (avec actualisation fin janvier 2023) une tribune dans Le JDD, demandant d’intégrer l’empreinte carbone individuelle à notre déclaration d’impôts. Le même collectif a fondé « 40 millions de déclarations carbone » pour que chaque foyer de France et de Navarre calcule sa propre empreinte carbone. Si ces suggestions se veulent en premier lieu incitatives, l’effet final recherché est bien de passer progressivement à la contrainte. Les éléments de langage employés sont classiques : « susciter le débat afin d’aboutir à une mesure qui combine à la fois justice sociale et environnementale ».

Mais ce qui retient surtout l’attention dans cette tribune du JDD, c’est la promotion de l’initiative « Nos Gestes Climat » – qui préconise de calculer « notre empreinte individuelle de consommation » –, cofondée par l’ADEME et l’Association Bilan Carbone. Loin d’être anodine avec un nom à la Jancovici, cette dernière constitue la face émergée d’un iceberg néo-malthusien. Son réseau de partenaires comprend en effet l’ONG Green Cross International, une sorte de version environnementaliste de la Croix-Rouge. Mais elle fut surtout pensée au Sommet de Rio et créée l’année suivante, en 1993, par Mikhail Gorbatchev, proche de Steven C. Rockefeller et cofondateur de l’Earth Charter avec Maurice Strong, le mentor de Klaus « Great Reset » Schwab. Gorbatchev et l’ancien président de Green Cross, Alexander Likhotal, partagent d’ailleurs avec le néo-malthusianisme d’avoir été membres du conseil d’Earth Charter International et membres honoraires du Club de Rome, à qui l’on doit le rapport Meadows présenté au Sommet de Stockholm (1972) organisé par Strong. En sus, le bureau honoraire de Green Cross International comprend des personnalités douteuses telles que Jane Goodall et Ted Turner, militants de la réduction démographique mondiale, et l’ONG est partenaire, entre autres, du WWF.

La coalition Compte carbone et le méconnu Pierre Calame

D’autres ONG jouent aussi le rôle d’un cheval de Troie pour « ouvrir » la société, à la manière d’un George Soros. Pour le pass carbone, la plus marquante est la coalition Compte carbone, qui représente des intérêts bien présents en arrière-plan. Compte carbone est alignée sur le narratif de BFM TV coscénarisé par une collaboratrice de Jean-Marc Jancovici, et elle promeut l’implémentation d’un compte carbone et plus particulièrement de quotas carbone individuels (QCI). L’organisation a élaboré une charte, cosignée par plusieurs personnes et organisations, parmi lesquelles un certain Côme Girschig, notamment cofondateur et ancien vice-président de l’association Jeunes Ambassadeurs pour le Climat (JAC). Au cours d’une conférence TEDx sur ce sujet, Girschig préconise qu’une agence étatique définisse annuellement un quota seuil pour rester conforme à l’Accord de Paris. Chaque Français disposerait d’un compte carbone annuel, « renfloué chaque année et débité à chaque consommation de produit carboné » : essence, téléphone, aliments. Girschig parle des consommations « évitables ». Côté aliments, il s’agirait ainsi par exemple de la viande 1.

Mais à l’instar d’un Emmanuel Macron golem de Jacques Attali et du Forum de Davos, Côme Girschig, apparaît comme le porte-voix d’un homme influent bien plus discret, Pierre Calame. Ce dernier est signataire de la charte de la coalition Compte carbone en tant que président de l’association CITEGO (Cités, Territoires, Gouvernance 2). Mais Calame est surtout le président honoraire de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme, une ONG suisse que nous avons déjà abordée dans deux articles pour son appartenance aux réseaux de George Soros. Le rôle-clé de Pierre Calame remonte toutefois à près de 25 ans déjà. Il fit en effet partie des six membres de l’équipe européenne 3 de la commission (1997-2000) qui a élaboré le texte de la Charte de la Terre – déjà traitée sur Davocratie – au sein de l’organisation Earth Charter 4, fondée par Mikhail Gorbatchev, Maurice Strong ainsi que Steven C. Rockefeller. Comme nous l’avons déjà souligné, la Charte de la Terre constitue le document la base principielle de l’Agenda de l’ONU comme du Great Reset de Davos. En 2005, un rapport d’étape de l’Earth Charter écrivit en outre que « dans une certaine mesure, la Charte de la Terre peut être célébrée comme le premier et surtout le document fondateur de la société civile mondiale ».

Or la coalition Compte carbone semble bien émaner de Calame et de son écosystème. La rubrique « ressources » du site précise en effet que Compte carbone est un projet qui découle d’un livre de Pierre Calame :

Le dossier initiateur mentionné a été entièrement écrit par Calame. Intitulé L’allocation à tous de quotas négociables pour conduire la transition énergétique, il préconise :

[…] l’allocation chaque année à chaque résident sur le territoire d’un même nombre de « points carbone » 5 correspondant à un droit d’émission de C02, enregistrés sur un « compte carbone » , ces droits pouvant faire l’objet d’une cession.

L’allocation à tous de quotas négociables pour conduire la transition énergétique

Plusieurs des éléments de langage mais aussi des exemples donnés par Calame se retrouvent d’ailleurs dans la conférence de Côme Girschig. Quant au contenu du dossier de Calame, il est conforme à ce qu’on peut en attendre : demande de rationnement de l’énergie, vente de quotas avec un marché correspondant, mise en avant de David Miliband (Société fabienne et Forum de Davos…), traçabilité carbone et autres contraintes, pouvoir de contrainte des banques qui devront évaluer la rentabilité carbone de leurs prêts et « la capacité de l’emprunteur à rembourser, par prélèvements réguliers sur son compte carbone ».

Enfin, dans la même veine, l’influence de Pierre Calame se retrouve au sein d’une autre structure alignée sur le pass carbone : l’Institut Momentum. Soutenu par la Fondation Charles Léopold Mayer, il est présidé par le très radical Yves Cochet depuis 2014. Sa directrice, Agnès Sinaï, a publié l’un de ses livres aux éditions de la Fondation Charles Léopold Mayer. Sur son site, Momentum promeut la carte carbone au travers de plusieurs publications.

En mars 2019, Yves Cochet rappelait qu’elle avait été envisagée en Grande-Bretagne par les gouvernements de Tony Blair et de Gordon Brown, deux membres de la Société fabienne. Le système est globalement le même que les quotas individuels et les propositions sont analogues à celles de Pierre Calame : « Des bourses d’échanges, régionales ou nationale, seraient mises en place pour permettre aux plus gros consommateurs d’acheter des unités supplémentaires aux plus économes, si ces derniers en ont à revendre. »

Pour résumer, les réseaux et la dynamique autour de l’Earth Charter demeurent plus actifs que jamais, passant à la phase supérieure de la philosophie néo-malthusienne de Maurice Strong (et de la famille Rockefeller) et perpétuant ainsi son héritage.

1 – Les commentaires sous la vidéo valent le détour. Florilège : « Puis l’élimination physique des gens inutiles… », « Je savais que Ted c’était devenu un sac à m… Mais a ce point là. Bien hein le pass carbone. Et les golem en redemanderont », « Ton pass carbone sans moi il est grand temps de quitter ce pays de tarer », « Scélérat », « C’est un sketch c’est pas possible d’être aussi ridicule », « Un beau futur président, un petit morveux 2.0 ».

2 – Aux très nombreux partenaires, publics pour l’essentiel.

3 – Les autres membres de l’équipe européenne sont Mikhail Gorbatchev, Ruud Lubbers (déjà mentionné dans une note précédente), Federico Mayor (lui aussi membre honoraire du Club de Rome), la Groenlandaise Henriette Rasmussen, ainsi que le rabbin Awraham Soetendrop (affilié au Forum de Davos et cofondateur de Green Cross International).

4 – En 1997, une Earth Charter Commission a été créée pour « superviser le développement du texte, analyser les objectifs du processus d’une consultation mondiale et aboutir à un accord sur un document qui fasse mondialement consensus ». Le comité d’élaboration internationale de la Charte a été présidé par Steven Rockefeller, ancien président de l’ONG Earth Charter International. Fils de l’ancien vice-président américain Nelson Rockefeller et membre de la famille du même nom, il est administrateur au Rockefeller Brothers Fund et à l’Asian Cultural Council (fondé par John D. Rockefeller III). L’influence de la famille Rockefeller sur l’Earth Charter Initiative se confirme par ailleurs au détour du guide de l’Earth Charter Initiative. Il précise (p.7) que « les subventions et les dons pour soutenir l’Earth Charter Initiative sont faits à The Philanthropic Collaborative (TPC) / Earth Charter Fund à New York City. TPC est un organisme public de bienfaisance novateur 501 (c)(3) créé par la famille Rockefeller et qui est utilisé par divers groupes ».

5 – Souligné par Calame.

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Pass carbone — Première partie : l’Union européenne https://davocratie.com/2023/05/03/passcarbone-premiere-partie-lunion-europeenne/ https://davocratie.com/2023/05/03/passcarbone-premiere-partie-lunion-europeenne/#respond Wed, 03 May 2023 09:30:15 +0000 https://davocratie.com/?p=2974 Alors que Davos prépare les peuples à l’adoption du pass carbone, il nous a cru bon d’en révéler les origines et enjeux dans un article en huit parties, voici la première.

Le pass carbone est la dernière offensive en date de l’agenda néo-malthusien, aujourd’hui nommé Agenda 2030 à l’ONU, ou Great Reset à Davos. Au travers d’un signifiant bien sobre, l’écologie, il travaille depuis une soixantaine d’années – au moins – à industrialiser la contrainte
en actualisant sans cesse la lutte contre un ennemi invisible. Hier, c’était le trou galopant dans la couche d’ozone, aujourd’hui le CO2. Peu importe l’escroquerie intégrale, que le gaz carbonique soit l’un des éléments de base de la vie sur Terre et qu’aucune étude n’ait apporté la preuve de son rôle dans un supposé réchauffement.


L’essentiel est de sidérer les masses et d’imposer un récit unique, un « grand récit » (Great Narrative) comme l’écrivent Klaus Schwab et Thierry Malleret. Il existe donc forcément un réchauffement climatique, d’origine anthropique, et causé par les émissions de CO2. La solution
pour éviter de brûler vifs à horizon 2100 est donc de limiter ces émissions en instaurant un pass carbone, soit un rationnement de l’ensemble des domaines de la vie. Chaque domaine – nourriture, consommation domestique, transport… – suppose un ensemble de procédés
émetteurs de CO2. Le pass carbone, par un quota individuel autorisé (au travers d’une carte carbone ou de tout autre système, de préférence intégré à une surveillance numérique), doit donc nous amener par la force à une réduction drastique de notre niveau de vie.

L’Union européenne

Pour une ingénierie du consentement effective, le procédé reste toujours le même : prescriptions législatives et normes internationales en amont, pied-dans-la-porte au travers de balises médiatiques faussement interrogatives afin de poser les termes du « débat ». Au niveau
communautaire, l’Union européenne va ainsi mettre en place une taxe carbone par tonne de CO2 à l’encontre des particuliers à horizon 2027, un chiffre amené à croître après 2030. Il s’agit là de l’une des multiples actions de l’UE sur le sujet, qui fixe la « décarbonation » parmi ses plus hautes priorités pour envisager des mesures drastiques, fallacieusement présentées comme réponses aux peuples.


La Communication COM(2020) 788 finale du 09/12/2020 portant sur le Pacte européen pour le climat dispose par exemple que :

Le Pacte vert pour l’Europe apporte une réponse non seulement aux scientifiques, mais également aux revendications des citoyens, qui attendent des actions plus fortes 1.

Pacte européen pour le climat

La même communication poursuit en affirmant que le changement climatique inquiéterait neuf européens sur dix – selon les enquêtes d’opinion publique – et justifie par ce fait le lancement de son Pacte. Incorporé à l’European Green Deal, ce Pacte est officiellement présenté comme un mouvement de citoyens soucieux d’atteindre l’objectif de neutralité climatique via la réduction massive des émissions de CO2. Très généreux, le Pacte accueille aussi bien des ONG que des collectivités locales ou des individus, pour prendre des
engagements, témoigner (le storytelling du Great Narrative) et émettre des suggestions.

Dans une optique complémentaire, la Commission européenne a créé une Plateforme de monitoring de l’empreinte environnementale de la production-consommation européennes. Les indicateurs d’empreinte domestique et consumériste servent à fournir une évaluation globale en
vue d’une transition vers la durabilité (i. e. la sobriété imposée) pour d’autres dispositifs communautaires – Stratégie biodiversité 2030, Stratégie alimentaire dite « De la ferme à la table », pollution zéro, économie circulaire, etc.

1 – Souligné dans le document.

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Stockholm+50 — Le jubilé des globalistes https://davocratie.com/2022/06/02/stockholm50-le-jubile-des-globalistes/ https://davocratie.com/2022/06/02/stockholm50-le-jubile-des-globalistes/#comments Thu, 02 Jun 2022 07:16:07 +0000 https://davocratie.com/?p=1602 Ces 2 et 3 juin se tient la Conférence Stockholm +50, en hommage à la première Conférence de 1972 du même nom. Un long parcours jalonné d’étapes qu’il convient de rappeler.

En 1968, sur impulsion de la famille Rockefeller et de leur fondation, un think tank néo-malthusien, le Club de Rome, a vu le jour, co-créé par l’industriel Aurelio Peccei et un ancien directeur de l’OCDE, le Britannique Alexander King. En 1969, l’Assemblée générale des Nations unies envisagea d’organiser une première conférence intergouvernementale sur les problématiques environnementales. Après le processus de Founex en 1971, ce souhait déboucha sur la Conférence de Stockholm. Sur demande de U Thant, alors secrétaire général des Nations unies, Maurice Strong (1929-2015), devenu ensuite le mentor de Klaus Schwab, occupa ce poste pour la Conférence dont il fut l’une des personnes clés.

Deux rapports furent centraux lors de Stockholm. Only One Earth. The Care and Maintenance of a Small Planet (Nous n’avons qu’une Terre), fut le rapport préparatoire, écrit sur demande de Maurice Strong par la socialiste fabienne Barbara Ward et René Dubos. Le second rapport, The Limits to growth (Halte à la croissance ?), est connu sous le nom de Rapport Meadows et fut réalisé par le Club de Rome. Il s’accompagnait alors d’un programme politique aux bases ancrées dans cette publication : Blueprint for Survival (Changer ou disparaître. Plan pour la survie). Notons en outre que Maurice Strong et Aurelio Peccei étaient amis et collaborateurs depuis la fin des années 1960 1, en plus d’être tous deux des agents d’influence de la Fondation et (surtout pour Strong) de la famille Rockefeller. Quoiqu’il en soit, cette Conférence a marqué un tournant considérable avec l’implémentation d’un agenda environnemental à vocation mondiale et totalisante (i. e. écologique). Selon Strong, Stockholm a consacré « une nouvelle ère de la diplomatie environnementale » 2.

La Conférence de 1972 a également impulsé l’idée de « développement durable » (mentionné pour la première fois par Barbara Ward dans son livre de 1966, Spaceship Earth), grâce à Maurice Strong. Achim Steiner, disciple revendiqué de ce dernier et actuel administrateur du Programme de l’ONU pour le développement (PNUD), a ainsi déclaré à la mort de son mentor, en 2015, que Strong « fut un visionnaire et un pionnier du développement durable mondial. » Si le sommet de Nairobi en 1982 fut annulé, l’idée de développement durable continua à faire son chemin jusqu’à la commission Brundtland. Maurice Strong avait pour sa part proposé le concept d’éco-développement dans la Déclaration de Cocoyoc de 1974, un colloque organisé par l’ONU. Mais dans son autobiographie, Strong reconnut que le terme de « développement durable » eut plus de succès, entériné par la suite par la Commission mondiale sur l’Environnement et le Développement dont il fut membre. Connue sous le nom de Commission Brundtland car dirigée par Gro Harlem Brundtland, entre autres future davosienne et directrice générale de l’OMS, la Commission déboucha en 1987 sur la publication du rapport Our Common Future (Notre avenir à tous), qui grava dans le marbre le développement durable. Un an plus tard, en 1988, Maurice Strong cofonda le GIEC, l’influent lobby climatique.

Suite au rapport Brundtland, l’Assemblée générale de l’ONU a sollicité la tenue d’une conférence sur l’environnement et le développement. L’objectif serait notamment d’établir un partenariat entre les nations en développement et les plus industrialisées. Cette dynamique a mené au Sommet de Rio, en 1992, pour lequel Maurice Strong fut nommé secrétaire-général. Rio déboucha sur trois conventions, dont la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, entrée en vigueur le 21 mars 1994 et ratifiée par 197 pays. Parallèlement au développement durable, elle mettait sur le devant de la scène cette thématique, devenue aujourd’hui un fait social total maussien. Mais surtout, le Sommet de Rio a consacré une dyade :

  1. un plan d’action : l’Agenda 21 (devenu en 2015 l’Agenda 2030), programme politique environnemental alors adopté par 182 chefs d’État, mais aussi – et surtout
  2. une déclaration de principes : la Charte de la Terre. Cette Charte, impulsée principalement par Maurice Strong et Steven C. Rockefeller, est un texte à vocation millénariste. Une première ébauche en fut présentée au Sommet Rio+5, en 1997.

Mais soyons très clair, l’action de l’ONU ne sera pas le seul objectif. Le vrai but de la Charte de la Terre est qu’elle devienne en pratique comme les Dix Commandements, comme la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Maurice Strong, Earth Charter 1998

En 2000, le texte de la Charte de la Terre fut officiellement lancé. À ce jour, Earth Charter International est une ONG, toujours présidée par Steven C. Rockefeller.

La Charte a été consacrée par le mouvement New Age, dont Strong a été une figure notable, à l’instar de son ami Laurance Rockefeller. En 2001, une Arche de l’Espoir, singerie de l’Arche de l’Alliance, a été créée pour recueillir une version manuscrite rédigée sur du papyrus de la Charte de la Terre, en compagnie de livres de Temenos – téménos renvoyant à un cercle sacré magique.

L’Arche de l’Espoir, loin de se limiter à un simple folklore, a été présentée à l’ONU en 2002, pendant la réunion préparatoire du Sommet de Johannesburg. En outre, si la référence à la Charte de la Terre a été supprimée de la déclaration politique de ce Sommet, deux hauts membres de l’ONG Earth Charter International ont par la suite précisé que ses principes avaient tout de même été incorporés au texte final. En 2020, un livre publié conjointement par le Programme des Nations unies pour l’Environnement 3 et le Parliament of the World’s Religions, a confirmé des vues communes. Dans Faith for Earth. A Call for Action, les deux organisations écrivaient ainsi que leur mission « correspond aux principes et aux objectifs articulés dans la Charte de la Terre ».

Deux ans avant Johannesburg, l’ONU adopta à New York (en 2000) les Objectifs du millénaire pour le développement. Ils fixaient la réalisation de huit objectifs à horizon 2015. En 2015, les Objectifs du millénaire pour le développement furent supplantés par l’Agenda 2030 et ses 17 Objectifs de développement durable (ODD). Nous en trouvons une déclinaison explicite dans les prétentions du Great Reset de Klaus Schwab et Thierry Malleret puis, par extension, dans le Pacte vert pour l’Europe de la davosienne Ursula von der Leyen. Ces ODD, préparés à Rio+20 en 2012, avaient d’ailleurs reçu une participation du World Economic Forum, sur la demande de Strong. Ce dernier avait demandé à Schwab d’appuyer les autorités brésiliennes dans la recherche de « mécanismes innovants et multi-partites qui pourraient appuyer l’agenda officiel pour ce qui deviendrait les Objectifs de développement durable » 4. Rio+20 a poursuivi sur la lancée de l’agenda vert, avec le texte final « L’avenir que nous voulons ».

La suite de l’environnementalisme nous est davantage connue, en particulier depuis la COP21 et l’Accord de Paris, en 2015, puis avec les COP ultérieures. Jusqu’à Stockholm+50 cette année, sommet décennal de 2022, avec pour slogan « Une planète saine pour la prospérité de toutes et tous – notre responsabilité, notre chance ». Le programme du Sommet est en osmose avec de nombreuses thématiques abordées à l’édition 2022 du Forum de Davos.

1 – Strong (Maurice), Where on Earth are we Going, format Kindle, emp. 1917. Il s’agit de l’autobiographie de Maurice Strong, riche en informations, silencieuse sur d’autres (son implication massive dans le New Age notamment avec sa propriété de Crestone dans le Colorado et la Manitou Foundation cofondée avec sa veuve Hanne).

2Ibid., emp. 2199.

3 – PNUE, créé suite à Stockholm en 1972 et dont Strong fut le premier directeur.

4Remembering Maurice F. Strong. Tributes and Reminiscences. Legacy for the future and future generations, p.197

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The Great Narrative ou les promesses de Davos — Deuxième extrait https://davocratie.com/2022/05/12/the-great-narrative-ou-les-promesses-de-davos-deuxieme-extrait/ https://davocratie.com/2022/05/12/the-great-narrative-ou-les-promesses-de-davos-deuxieme-extrait/#comments Thu, 12 May 2022 08:17:54 +0000 https://davocratie.com/?p=785

Un nouveau monde – non une « nouvelle normalité » – émerge désormais, dont les contours seront largement définis par les narratifs élaborés pour informer et construire l’avenir.

Klaus Schwab et Thierry Malleret  – The Great Narrative (page 12)

The Great Narrative présente les problèmes/défis du monde post-COVID comme découlant principalement d’une croissance économique insoutenable (à comprendre comme l’opposée de « durable », en anglais sustainable), des rivalités géopolitiques, de la dégradation environnementale, des inégalités, des pandémies et des cybercrimes. Par conséquent, tout évènement significatif appartiendrait à l’une des cinq « macro-catégories » suivantes : économie, environnement, géopolitique, société et technologie 4. Dans leur langage de mauvais communicants, les auteurs proposent donc une « marche à suivre », des solutions qui passeraient par un monde plus résilient, plus collaboratif, plus durable et plus équitable – une fumisterie dont la « bienveillance » transpire dans chaque page de COVID19 : The Great Reset et dans l’action des Young Global Leaders de Klaus Schwab durant le COVID.

Davos est la plus grande opération de lobbying au monde. Les gens les plus puissants se réunissent derrière des portes closes, en totale opacité, et ils écrivent les règles pour le reste du monde.

Peter S. Goodman – Davos Man: How the Billionaires Devoured the World (page 6)

Quiconque connaît a minima l’activité de Davos, le profil de Klaus Schwab et l’influence de son écosystème – révélée plus amplement à la faveur du livre COVID19 : The Great Reset – comprendra que ce projet s’adresse à ses seuls bénéficiaires. Samuel Huntington, connu essentiellement pour Le choc des civilisations, a créé en 2004 le terme de « Davos Man ». Dans son récent essai (2022) adoptant ce nom, le journaliste du New York Times Peter S. Goodman apporte des précisions :

[Huntington] a employé ce terme pour décrire ceux tellement enrichis par la mondialisation et à l’origine de ses mécanismes qu’ils sont véritablement apatrides, avec une fortune et des intérêts qui circulent par-delà les frontières, leurs propriétés et leurs yachts disséminés à travers les continents, leur armée de lobbyistes et d’experts-comptables enjambant les juridictions, éliminant la loyauté à l’égard d’une nation donnée. L’étiquette d’Huntington se rapporte à quiconque a régulièrement entrepris un voyage à Davos pour assister au Forum, et à leur intégration aux travaux qui valident leur statut de vainqueur dans la vie moderne. […].

Peter S. Goodman, Davos Man: How the Billionaires Devoured the World, Custom House, 2022, p.5. 5

Pour sa part, Goodman définit l’archétype « Davos Man » de manière plus concise : « un prédateur insolite dont le pouvoir provient en partie de sa vive aptitude à adopter le déguisement d’un allié » et dont l’action se déploie et s’étend progressivement depuis un demi-siècle. Ceci, au point qu’en 2020 près de 120 milliardaires se sont rendus au Forum de Davos, totalisant une fortune d’un demi-trillion (un trillion représente mille milliards) de dollars.

Quoiqu’il en soit, The Great Narrative présente, selon Klaus Schwab et Thierry Malleret, des « narratifs optimistes construits autour » de la réécriture en cours des règles qui régissent notre économie et notre société. Leur programme se décline en sept thématiques qui seront les pierres angulaires de ce grand narratif dystopique.

4 – L’aspect perpétuellement idéologique de Davos réapparaît dès ses premières propositions. Pour des auteurs qui prétendent fonder leur argumentaire sur la science, il semble ainsi détonnant de lire que le World Economic Forum (WEF) souhaite par exemple remplacer les énergies fossiles par divers types de renouvelables ou d’énergies à bas-carbone. Le coût environnemental réel de ces « renouvelables » et leur efficacité limitée en raison de leur caractère intermittent, documentés depuis plusieurs années, sont ici mis sous le tapis de la finance verte.

5 – Goodman ajoute : « Mais avec les années, l’étiquette Davos Man s’est élargie pour devenir un fourre-tout utilisé par les journalistes et les universitaires pour ceux qui occupent la stratosphère de la classe des globe-trotters, les milliardaires – principalement Blancs et masculins – qui exercent une influence inégalée dans le monde politique tout en promouvant un principe qui a acquis une force décisive dans les plus grandes économies : lorsque les règles sont articulées autour d’une plus grande prospérité pour ceux qui en jouissent déjà, tout le monde gagne. Davos Man et ses hommes de main – lobbyistes, think tanks, des bataillons de types des relations publiques, et des journalistes obséquieux qui font primer l’accès au pouvoir sur la vérité ont fermement perpétué cette idée, en dépit de preuves accablantes du contraire. »

Malgré d’excellents éléments – notamment sur le profil psychologique de Klaus Schwab –, nous resterons circonspects sur la motivation réelle derrière l’écriture de Davos Man. Qu’il s’agisse d’un contre-feu pour mettre la lumière sur le fusible Schwab (qui manifeste son hubris de manière souvent trop visible et vantarde) et quelques milliardaires ou d’un règlement de comptes, les promoteurs de ce livre sont vite identifiés. Peter Goodman a été de ce fait interviewé par Democracy Now ! (réseaux Soros) ou encore par l’Institute for New Economic Thinking, dont George Soros (lui-même un fusible au service d’autres intérêts) est l’un des fondateurs (pour les « bienfaits » aussi nombreux que variés apportés par George Soros, cf. notre essai Soros l’Impérial, publié chez Perspectives Libres). Par ailleurs, lorsque Goodman mentionne Soros, incarnation de Davos Man, les termes sont loin d’être infamants : « George Soros, le trader financier et défenseur de la démocratie » (p.178). Côté milliardaires, les attaques de Goodman se concentrent essentiellement sur Jeff Bezos (Amazon), Jamie Dimon (JPMorgan Case Co.), Marc Benioff (Salesforce), Steve Schwarzman (Blackstone) et Larry Fink (BlackRock).

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https://davocratie.com/2022/05/12/the-great-narrative-ou-les-promesses-de-davos-deuxieme-extrait/feed/ 1
The Great Narrative ou les promesses de Davos — Premier extrait https://davocratie.com/2022/04/29/the-great-narrative-ou-les-promesses-de-davos-premier-extrait/ https://davocratie.com/2022/04/29/the-great-narrative-ou-les-promesses-de-davos-premier-extrait/#comments Fri, 29 Apr 2022 19:03:00 +0000 https://davocracy.com/?p=11

Les narratifs fournissent le contexte dans lequel les faits que nous observons peuvent être interprétés, compris et sur lesquels fonder des actions. […] Pour résumer : les narratifs modèlent nos perceptions, qui en retour forment nos réalités et finissent par influencer nos choix et nos actions. Ils sont notre façon de trouver du sens à la vie.

Klaus Schwab et Thierry Malleret – The Great Narrative (page 17)

Le 28 décembre 2021, Klaus Schwab et Thierry Malleret publiaient The Great Narrative – for a better future, sous-titré The Great Reset: Book 2. Cet essai se présente comme une poursuite pratique des constats dressés par le duo dans COVID19: The Great Reset, publié en juillet 2020. Les auteurs y promeuvent le constructivisme, outil à façonner la réalité et qui permettra selon eux à l’humanité de survivre. « Créatures à storytelling » (page 17), nous agirions sur impulsion du pouvoir de la narration, de récits qui sont depuis toujours notre mode de communication et de transmission parmi les plus élémentaires. Mais ces récits, du moins ceux présentés dans leur essai, s’articuleraient autour d’une seule histoire centrale – ce fameux « grand narratif » (Great Narrative).

L’enjeu est donc posé : la maîtrise de la narration, i. e. d’une grande narration unique. En d’autres termes, il s’agit d’implémenter de manière durable une vaste ingénierie sociale, une cybernétique appliquée destinée à préserver les élites davosiennes d’un choc en retour (violent) des peuples, tout en optimisant le contrôle social et en maximisant les profits des élites de l’écosystème du World Economic Forum (WEF). Seule cette maîtrise, comprend-on, rendrait possible la « grande réinitialisation » (Great Reset). Car bien que les auteurs se défendent – hypocritement – de toute prescription en affirmant seulement proposer un cadre, l’influence et les activités du World Economic Forum renvoient à un agenda précis et qui gagne rapidement du terrain au travers de ses nombreux proxys (cf. notre rapport sur L’influence législative des ONG).

Après tout, Schwab écrivait dans son précédent essai qu’ « une seule voie nous mènera vers un monde meilleur ». Dans une vidéo de 2017 à l’Harvard’s John F. Kennedy School of Government, il se vantait avoir fait pénétrer les gouvernements de plusieurs pays par ses Young Global Leaders, un programme créé par Davos en 1992 (alors sous le nom Global Leaders for Tomorrow), un an après le Sommet de Rio organisé par son mentor (outre Henry Kissinger), l’omniprésent Maurice Strong 1.

Une consultation de la partie dédiée du site du WEF rapporte plusieurs noms influents parmi ces Young Global Leaders 2, dont certains occupent les plus hautes fonctions gouvernementales de divers pays. Ne tenant aucunement compte des dernières données concernant le COVID (le duo écrit que « deux ans après, la pandémie semble sans fin et se poursuit », p.10), les auteurs prétextent une ère des pandémies qui « forcent à repenser le contrat social qui nous lie » (p.13) pour procéder à des changements drastiques dont The Great Reset faisait office d’aperçu. Ils sont rappelés dans ce nouvel essai : sociétés, économies, institutions, Droit et règles qui les régissent, ainsi que nos modes de vie et nos habitudes de consommation. Pour avancer ses propositions, The Great Narrative se prétend bien entendu fondé sur les preuves et informé par la science (le fameux science-based lobbying). Il est en outre parsemé du fruit d’entrevues menées avec 50 personnalités présentées comme de grands penseurs et faiseurs d’opinion mondiaux.

L’essai comporte néanmoins des pudeurs de langage, souvent absentes des exposés radicaux des conférences du WEF – par exemple sur la réécriture de l’ADN ou son « hack » avec Yuval Noah Harari, ou une population mondiale limitée à 500 millions de personnes comme souhaité (entre autres) par la primatologue Jane Goodall 3.

1 – Comme les prochains articles le montreront, le poids de l’influence de Maurice Strong quant à l’écologie mondialiste, et donc Davos, est immense. Pour se faire déjà une idée de la direction entreprise par ses disciples, citons seulement cette phrase tirée de son autobiographie Where on Earth are we Going? : « À la fin du XXe siècle, l’accroissement exponentiel de la population humaine était perçu comme le plus grand problème de l’humanité, « l’Ur-problem » [le problème initial] au fondement de tous les autres. Pourtant désormais la croissance démographique a cessé ; les niveaux de population chutent précipitamment presque partout, et certaines zones de notre planète ont été presque entièrement dépeuplées. Davantage de personnes meurent, et meurent plus jeunes – les taux de naissance ont chuté drastiquement tandis que la mortalité infantile s’accroît. À la fin de la décennie, les meilleures approximations évaluent la population mondiale totale à 4,5 milliards, un peu moins qu’au début du siècle. Et les experts ont prédit que la réduction de la population humaine pourrait bien continuer au point que ceux qui survivent ne pourraient pas se compter à plus du 1,61 milliard de personnes qui peuplaient la Terre au début du XXe siècle. Une conséquence, oui, de la mort et de la destruction – mais en fin de compte une lueur d’espoir pour l’avenir de notre espèce et son potentiel de régénération. »

2 – On pensera notamment à Emmanuel Macron, non seulement en tant que président de la République française et président pendant plusieurs mois du Conseil de l’Union Européenne, mais également parce que Klaus Schwab a déclaré en 2018, lors d’une entrevue avec Darius Rochebin, qu’Emmanuel Macron était l’un des fers de lance de la révolution européenne en faveur d’un nouveau modèle de société.

3 – Primatologue de renommée mondiale et fondatrice du Jane Goodall Institute, celle-ci déclarait à la conférence « Assurer un avenir durable pour l’Amazonie » du World Economic Forum (2020) : « Nous ne pouvons pas nous cacher de la croissance de la population humaine, car vous savez qu’elle sous-tend un ensemble d’autres problèmes. Ce dont nous avons parlé ne serait pas un problème si la taille de la population mondiale était celle d’il y a cinq cents ans. »

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