Sovkhoze vert — Huitième partie : Mangrove case
Sovkhoze vert — Huitième partie : Mangrove case

Sovkhoze vert — Huitième partie : Mangrove case

Inédit, retrouvez le dossier de Thibault Kerlirzin sur le Wilderness à raison de deux nouvelles parties par semaine sur vingt.

Pour revenir à l’article de Costanza and al., le blog de World Agroforestry 1 de 2014 fournit une carte mondiale des données fournies par celui-ci. La valeur estimée d’un hectare de chaque biome est donnée. Nous remarquons que la valeur attribuée aux marais salants / mangroves et plus encore aux récifs coralliens se détache de celle des autres biomes :

La mangrove fait logiquement partie des biomes les plus convoités. Le rapport précité du WWF a d’ailleurs choisi pour photo introductive d’illustration une jeune fille restaurant une mangrove, la légendant comme suit :

Les mangroves stockent du carbone et fournissent à plus de 100 millions de personnes une variété de biens et de services tels que les produits halieutiques et forestiers, de l’eau propre, et une protection contre l’érosion et les évènements météorologiques extrêmes.

Le même rapport chiffre à 57 000 $ annuels par hectare les services écosystémiques fournis par la mangrove 2.

Le Forum de Davos dispose conséquemment d’un groupe de travail dédié, lancé par Friends of Ocean Action. Cette initiative résume dans sa seule présentation la passerelle entre le wilderness et l’exploitation financière de la nature :

Conserver et restaurer les forêts de mangrove pour renforcer 3 le marché du carbone bleu 4 et à terme améliorer la résilience des écosystèmes et des communautés côtiers.

L’initiative entend aider les entreprises et d’autres investisseurs en la matière, développant ainsi de nouvelles opportunités de finance bleue :

[Le groupe] va également construire des capacités du côté de la demande du marché du carbone bleu et la connecter aux projets et plateformes liés à la mangrove.

La coalition se présente comme composée de 70 « ocean leaders » provenant du monde économique, de la société civile, d’organisations internationales, scientifiques et technologiques. Les financements proviennent de la Benioff Ocean Initiative. Celle-ci émane de Marc Benioff, fondateur de Salesforce 5 et membre du directoire du Forum de Davos. La Benioff Ocean Initiative est sise aux États-Unis, à l’université Santa Barbara de Californie. Les financements proviennent par ailleurs du département de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales britannique. Friends of Ocean Action est organisé par le Forum économique mondial en collaboration avec le World Resources Institute dont nous avons déjà parlé. Parmi les membres de FOA figurent des noms que nous connaissons déjà :

Plusieurs des profils des personnes membres de Friends of Ocean Action sont à présenter 6 :

  • Richard Branson, fondateur de Virgin Group.
  • Maria Damanaki. Elle est présentée comme conseillère principale de l’entreprise britannique SYSTEMIQ, de même que pour The Paradise International Foundation, chinoise. Ce pedigree est toutefois incomplet. Dans le premier volet de sa trilogie de reportages Océans, la voix des invisibles, la réalisatrice Mathilde Jounot s’est arrêtée sur le profil de Damanaki. Ancienne commissaire européenne à la pêche (2010-2014), Damanaki a par la suite rejoint la direction de The Nature Conservancy comme responsable des océans. Son discours, filmé par Jounot lors de la COP21, préconise la création d’aires marines protégées, valorise le tourisme et promeut la financiarisation de la conservation avec des institutions comme la Banque mondiale mais aussi des banques d’affaires. Damanaki est par ailleurs membre de l’influent European Council on Foreign Relations, créé sur l’impulsion de George Soros.
  • Sylvia Earle, présidente et chairman de Mission Blue, une ONG américaine, en plus d’être consultante pour Nature Needs Half et investie à la Fondation WILD.
  • Carlos Manuel Rodríguez Echandi, PDG et chairman de la Global Environment Facility.
  • José María Figueres, déjà vu supra. et protégé de Maurice Strong.
  • Marco Lambertini, PDG de WWF International.
  • Pascal Lamy, président de l’Institut Jacques Delors.
  • James Quincey, PDG de Coca-Cola 7.
  • M. Sanjayan, PDG de Conservation International.
  • Erna Solberg, ancienne Première ministre de Norvège et alors généreuse bailleuse de fonds de la Bill & Melinda Gates Foundation.
  • Achim Steiner, administrateur au PNUE, ami et protégé de Maurice Strong.

Le groupe de travail sur la mangrove émane en second lieu de l’initiative 1t.org, dont l’objectif est de planter un milliard (trillion) d’arbres à horizon 2030. Cette initiative émane directement du Forum de Davos, en soutien à la décennie pour la restauration des écosystèmes de l’ONU. Les entreprises membres de la « Corporate Alliance » de 1t.org regroupent des multinationales issues de secteurs variés, principalement anglo-américaines. Son conseil consultatif, outre un membre de Salesforce ou d’Unilever, se compose de membres d’ONG, d’universités ou encore de la vice-présidente de la division forestière de la FAO des Nations unies. L’enjeu financier est conséquent, dans la mesure où 80% de la biodiversité terrestre mondiale évolue au sein des forêts, selon l’ONU 8.

1 – World Agroforestry (ICRAF) est financé et / ou partenaire de nombreuses organisations parmi lesquelles l’Union Européenne, le PNUE et la Banque mondiale. L’ICRAF soutient les Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU.

2 – Dans le même ordre d’idées, la capture ci-dessus présente les récifs coralliens comme disposant de la plus grande valeur annuelle par hectare. Le rapport du WWF évalue la grande barrière de corail à 5,7 milliards de dollars « en termes d’activité économique directe et indirecte », générant près de 69 000 emplois.

3 – Le terme anglais, enhance, englobe plusieurs acceptions selon le contexte. Plusieurs sont ici pleinement valables : développer, promouvoir, accroître, etc.

4 – Dans sa conférence TED, Pavan Sukhdev rapporte que pour le carbone bleu, les océans stockent plus de 55% de tout le carbone des organismes vivants – soit la plus grande source de carbone au monde. Il distingue le carbone bleu du carbone marron (industriel et énergétique) et du carbone noir (le charbon et la suie).

5 – Dans son essai Davos Man : How the Billionaires Devoured the World, le journaliste du New York Times Peter S. Goodman s’attarde longuement sur Benioff, l’un des « cinq spécimens » qu’il y a longuement étudiés. Il nous apprend notamment que celui-ci, pour éviter de payer des impôts, a disséminé Salesforce au travers de 14 foyers fiscaux répartis entre Singapour et la Suisse.

6 – Pour une liste complète, voir la page dédiée.

7 – Les scandales et critiques contre cette entreprise sont innombrables. À San Cristóbal de Las Casas au Mexique, l’usine de Coca-Cola pompe chaque jour plus d’1,36 million de litres d’eau dans les nappes phréatiques, privant la population d’accès à l’eau potable. La Commission Nationale de l’Eau l’a autorisée à pomper 500 millions de litres par an. Selon Julie Delettre, réalisatrice de Mexique, sous l’emprise du coca rapporté sur Public Sénat, « cela assèche les villages alentour, ceux raccordés au réseau n’ont plus rien au robinet et ceux habitués à vivre de l’eau des puits les voient se vider de plus en plus ».

8 – Ces chiffres permettent également de mieux situer la création, par le Forum économique mondial, de la Tropical Forest Alliance.

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