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Guerre économique et anthropologique : la First Movers Coalition
Guerre économique et anthropologique : la First Movers Coalition

Guerre économique et anthropologique : la First Movers Coalition

Davos, en partenariat avec John Kerry et 55 organisations, a annoncé au #WEF22 l’expansion de la First Movers Coalition, une initiative pour accélérer le déploiement (et la vente) des technologies dites « vertes ».

Créée à la COP26, la First Movers Coalition est une initiative menée par des multinationales. Son objectif affiché est de commercialiser, à horizon 2030 et à échelle industrielle, des technologies qui permettraient d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. En d’autres termes, elle constitue un lobby qui se veut un accélérateur de business, caché sous un faux-drapeau climatique. Le 25 mai 2022 à Davos, lors du WEF22, une conférence de presse annonçait l’expansion de cette initiative. Les orateurs de cette conférence montrent qu’une fois de plus, les États-Unis ont la main : John Kerry, envoyé présidentiel spécial pour le climat du National Security Council (NSC) ; Bill Gates, pour sa Gates Foundation ; Brad Smith, président et vice-chairman de Microsoft ; Mikael Damberg, ministre suédois des Finances ; Marc Benioff, chairman et co-PDG de Salesforce 1; Ruth Porat, vice-présidente senior et directrice financière chez Google – donc Alphabet. Les trois entreprises présentes ont annoncé mettre 500 millions de dollars sur la table pour éliminer le CO2. Gim Huay Neo, modératrice et membre du WEF, a annoncé la couleur en introduction de la conférence : « scale up, speed up » (« intensifier, accélérer »), et réduire les coûts pour des technologies de décarbonation, avec des solutions « fondées sur la nature » (nature-based).

Les éléments de langage soulignés en gras dans le texte de présentation de la FMC relèvent du marketing classique : « envoyer un signal fort du marché pour commercialiser des technologies zéro-carbone », « engagement de travailler ensemble », « garantir le développement de technologies clés ». La FMC entend décarboner sept secteurs où cela est difficile et qui représenteraient 30% des émissions mondiales : aluminium, aviation, produits chimiques, ciment, transport maritime, acier, et transport routier. Pour faire décoller le marché, les membres de la FMC s’engagent à acheter des matériaux industriels chez des fournisseurs qui utilisent des solutions zéro carbone – ou presque. D’autres enjeux figurent au programme : la coalition annonce mettre en contact les membres avec des acteurs financiers, des fournisseurs, et d’ « autres partenaires de la chaîne de valeur ». En somme, elle constitue un levier d’influence et de puissance pour, par ailleurs, forcer la main des entreprises qui ne s’aligneraient pas sur ce modèle d’accélération du Great Reset.

À ce jour, la First Movers Coalition comprend 55 membres, avec presque exclusivement des poids lourds : Apple, Microsoft, Alphabet (société parente de Google), Salesforce, Boeing, Airbus, Engie, Amazon, Scania, Vestas… Mais on y trouve aussi des compagnies d’assurance comme Swiss Re, la Bank of America, ainsi que des grands cabinets de conseil : Boston Consulting Group, Deloitte, EY et PwC. Côté partenariats, les rôles et les profils sont définis. Plusieurs gouvernements se sont associés : Danemark, Singapour, Inde, Suède, Italie, Royaume-Uni, Japon, Norvège, États-Unis (co-président de la FMC, ce qui suffit à mettre en lumière, une fois de plus, l’instigateur de cette coalition).

Pour l’implémentation de solutions d’élimination du CO2, la FMC s’appuie notamment sur Breakthrough Energy Catalyst de Bill Gates 2. Entre autres partenaires de la Commission européenne, Catalyst vise à « accélérer le déploiement de technologies propres », dont le lithium-ion, l’éolien et le solaire, dont l’extraction engendre un massacre environnemental. La First Movers Coalition’appuie aussi sur :

  1. Carbon Direct 3, dont les équipes se composent de chercheurs et d’investisseurs dans l’énergie et les capitaux.
  2. Frontier, i. e. Frontier Climate, qui se présente comme « une garantie de marché visant à acheter pour 925 M $US de services d’élimination permanente du carbone entre 2022 et 2030. Sous la houlette de Stripe, cette initiative réunit Alphabet, Shopify, Meta, McKinsey et les dizaines de milliers d’entreprises qui utilisent Stripe Climate ».
  3. South Pole, dont les 800 experts revendiqués accompagnent vers des « solutions innovantes » qui présentent un risque (financier) minimal tout en répondant aux Objectifs de développement durable de l’Agenda 2030. Le « partenaire de connaissance » de la FMC est le Boston Consulting Group.

Enfin, la coalition s’appuie sur plusieurs ONG et organisations de premier plan qui partagent les mêmes approches :

  • Agence internationale de l’énergie (pour avis technique seulement).
  • Shipping Decarbonization Initiative de l’Institut Aspen, influent think tank subversif américain.
  • coZEV (Cargo Owners for Zero Emission Vessels), lancé par le même Institut Aspen. Le soutien philanthropie de coZEV provient de la ClimateWorks Foundation, feuille de vigne du business énergétique « vert » américain – financée par exemple par les Fondations Oak, Moore, Hewlett, Packard, Gates Ventures (de Bill Gates), Chan Zuckerberg Initiative, Bezos Earth Fund, etc.
  • Le programme Drive to Zero de Calstart. Le directoire de Calstart se compose de représentants d’entreprises comme la branche américaine de Volvo, Ford Motor Company, BAE Systems (défense et aérospatial), Southern California Gas Company, etc. Drive to Zero comprend pour sa part de nombreux partenaires publics et privés.
  • Climate Group, financé par de nombreuses subventions « philanthropiques », parmi lesquelles ClimateWorks Foundation, Rockefeller Brothers Fund, Hewlett Foundation. Mais aussi le gouvernement suédois, la Fondation IKEA, l’Initiative climatique internationale du gouvernement allemand ou le Goldman Sachs Centre for Environmental Markets.

Le lecteur pourra mener par lui-même ses recherches sur les autres ONG qui soutiennent la First Movers Coalition, la vue d’ensemble est donnée : une opération de guerre économique adossée à une guerre anthropologique menée par l’Agenda 2030, le Great Reset de Davos et le Pacte vert pour l’Europe.

1 – Rappel via l’excellent Davos Man, de Peter S. Goodman : Salesforce a été créée et est dirigée par Marc Benioff. Pour éviter de payer des impôts, Salesforce s’est disséminée via 14 foyers fiscaux répartis entre Singapour et la Suisse.

2 – Dans notre rapport sur « L’influence des ONG sur le processus législatif européen » (encart p.20), nous avons mentionné cette initiative où investissent des personnalités comme Jeff Bezos, Jack Ma, Michael Bloomberg, Richard Branson ou Xavier Niel. Auparavant, nous y trouvions Mark Zuckerberg et George Soros. Breakthrough Energy est par ailleurs le partenaire d’implémentation général de la FMC. ous le nom de Breakthrough Energy Catalyst Foundation, cet organisme est enregistré comme ONG sur le registre de transparence européen et domicilié aux États-Unis, à l’image de la Fondation Gates. Depuis le 20/02/2021, Catalyst a obtenu 20 meetings avec la Commission européenne, un nombre conséquent dans un laps de temps aussi restreint, dont 5 avec la présidence de la Commission et 3 avec des directions générales. Le reste se répartit globalement sur le marché interne, le Pacte vert pour l’Europe et l’énergie. La Fondation fait en outre partie de l’intergroupe ou du groupe officieux au Parlement européen portant sur le changement climatique, la biodiversité et le développement durable.

3 – Fondée par Jonathan Goldberg, un ancien de Goldman Sachs et de Glencore (négoce, courtage et extraction de matières premières).

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